L'Abbé LORENZI

L’Abbé René Lorenzi

Alors âgé de 18 ans, René Lorenzi est arrivé au château de Virieu début octobre 1942. Ce fut pour lui la découverte d’une demeure chargée d’histoire et marquée par sa simplicité et sa grandeur. Mais aussi la découverte d’un village qui le marquera pour la vie entière. Jeune réfugié de Menton, il avait déjà dans le Var participé à des activités de la Résistance. A ce titre, il avait été averti que le château de Virieu représentait un centre important de la résistance, lorsqu’il s’y engagea comme précepteur

Aux côtés de la famille de Virieu et avec l’aide d’une équipe de jeunes volontaires de l’école des Chantiers de Jeunesse de Collonges au Mont d’Or, il procéda clandestinement à l’enfouissement d’une quarantaine de tonnes d’armes dans des tranchées creusées la nuit sous la grande terrasse du château. Ces équipements avaient été entreposés secrètement dans les caves du château en 1940 lors de l’Armistice et risquaient d’être découverts par les Allemands

Il contribua aussi – comme d’autres résistants – à l’acheminement des messages rédigés par le Marquis et la Marquise de Virieu vers une imprimerie secrète de Grenoble. Les documents étaient parfois enveloppés et plongés dans la pâte d’un « cake », ensuite cuit au four, ou cachés soigneusement de diverses manières. Puis il suivra la famille de Virieu à Chichilianne, où elle s’était réfugiée sous le nom de camouflage de « Vineu ».

Il intègrera ensuite le réseau du Vercors, cette terre qui restait libre. Ce qui comptait pour lui, c’était la Résistance Spirituelle. C’était sa manière personnelle de réagir face au nazisme, au fascisme, à la guerre et à l’annexion italienne de Menton. C’est ainsi, alors qu’il était agent de liaison et téléphoniste, jugeant que tout était perdu militairement et humainement, il écrivit un mot d’adieu à ses parents et à sa famille, qu’il laissa au creux du rocher à quelques kilomètres de Vassieu, où était posté le téléphone de campagne. Il y joignait deux citations de l’Evangile ancrées dans son esprit : « Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer vos corps, ils ne peuvent rien sur vos âmes » et « La Vérité vous rendra libre ».

Une fois la paix revenue, René Lorenzi fut nommé curé à la paroisse St Roch à Nice, mais revint régulièrement à Virieu, où tant de souvenirs forts le rattachaient. Son dernier retour fut pour officier religieusement les funérailles de Madame de Virieu, décédée en 2004. Ce fut pour lui – bien que serviteur de Dieu – un moment très difficile. C’est loin de son Dauphiné tant aimé et de ses nombreux amis qui garderont envers lui une grande reconnaissance pour son engagement au service de la liberté, qu’il a été enterré dans son pays d’origine le 5 mai 2009,

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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