Virieu et la vallée de la Bourbre
Quel village que celui de Virieu
Quel village que celui de Virieu ! Rien que son nom est sujet à discussions : ce fut successivement Virieu, puis Virieu en Dauphiné, puis Virieu-sur-la-Bourbre et Virieu-sur-Bourbre. Pourtant il s’agit bel et bien de Virieu. L’ambigüité restera encore présente de nombreuses années.
Ce n’est pas la seule particularité de Virieu ; ici les maisons ont tendance à porter le nom de leurs anciens propriétaires. Et bien malins les profanes du village, de s’y retrouver pour savoir, qui habite réellement en telle bâtisse. L’on vous apprend, que c’est la maison de telle ou telle personne, famille, commerce ou activité libérale. Et pourtant, il y a bien souvent des générations que leurs occupants originels ont disparu. A croire qu’ici, il faille quitter le monde des vivants, pour que votre maison puisse un jour porter votre nom.
Et à l’instar de leurs demeures, que penser de cette forme de mimétisme, qui semble propre à certaines femmes du village, que de continuer à conserver leur nom de jeune fille, bien que mariées ? Et, c’est sans compter sur les sobriquets et les surnoms désignant certains et certaines, des adjectifs qui les suivront jusque gravés parfois sur leurs plaques tombales. Alors, vraiment pas simple de savoir qui est qui !
Etre chef-lieu de canton, c’était posséder au sein du village la représentation des administrations : justice de paix, gendarmerie, perception, receveur des « indirectes », tenue des conseils de révision, huissiers, notaires, banque etc.…autrement dit : la loi, les impôts, la justice, l’armée. Virieu fut longtemps perçu par les habitants des treize autres communes du canton comme le lieu, où l’on venait pour payer ses impôts, déclarer ses récoltes et ses vendanges, se rendre à une convocation des gendarmes, régler ses contraventions, ester en justice, répondre aux injonctions de l’huissier et passer une inspection, digne de méthode de maquignonnage, devant les médecins militaires avant d’être déclaré apte pour l’armée et parfois bon pour la guerre. L’on peut ainsi comprendre, qu’un certain ressentiment ait pu se transmette de génération en génération parmi les habitants des villages voisins à l’encontre du chef-lieu. Ressentiment infondé certes, mais bien réel, se traduisant par un esprit de clocher, parfois exacerbé. Encore aujourd’hui, il a fallu déployer des trésors de patience et de diplomatie pour en arriver à la création de la commune nouvelle, issue seulement de Virieu et de Panissage.
Cependant, il n’est qu’à voir les familles de la vallée de la Bourbre, fruits pour la plupart d’unions de femmes et d’hommes issus des villages voisins, pour comprendre que cette rivalité n’est heureusement que de façade et que la convivialité est aussi de mise : tous ceux, venus d’ailleurs, qui ont eut un jour à partager le quotidien des habitants du village en savent quelque chose… Ainsi, l’artiste peintre d’origine hollandaise, Jongkind, qui passait tous ses étés de 1873 à 1878 au hameau de Mallein. Le charpentier Ulrich Anton Frehner, venu de Suisse en 1924 pour la restauration du château, qui s’établira au village et y terminera ses jours. Constantin Thomas, qui a fui en 1911 son village en Grèce, alors envahie par la Turquie, pour créer une menuiserie à Virieu. En 1940 au lendemain de l’invasion de la France, une toute jeune fille, réfugiée du Nord de la France à Virieu, deviendra plus tard Madame Bonduelle, une famille dirigeant un des plus grands groupes mondiaux spécialisé dans la transformation industrielle et la conserve des légumes. Des dizaines d’autres enfants venus du sud de la France trouvèrent également ici un refuge, pour être protégé des bombardements meurtriers de l’aviation alliée de 1944. Des familles juives cachées au sein de familles viriaquoises, seront aussi sauvées. Marcel Rigard, venu aussi se réfugier dans une ferme au hameau des Rivoires pour fuir le S.T.O, (Service du Travail Obligatoire), y rencontrera et épousera Joséphine la fille de la maison…
Ils sont nombreux et ne peuvent être tous citer, ceux qui sans avoir forcément choisi d’y venir, ont séjourné à Virieu à un moment de leur vie pour différentes raisons. Et, ceux qui s’y sont établis savent pourquoi ils sont restés.
A titre personnel, pour avoir écrit quelques ouvrages, fruits de rencontres multiples dans les villages de la vallée, il m’a été donné de passer de longs moments avec des personnes fières d’habiter là où leurs aïeux ont vécu. Les indénombrables séances de dégustation du traditionnel vin de noix, en compagnie de chacun et de chacune, ont peut-être aidé à la réalisation de ces livres, la boisson favorisant les confidences et émoustillant ma plume tout à la fois.
C’est tout cela le village de Virieu, un tissu d’histoires, de traditions, mais aussi de contradictions qui le rendent attachant ! « Combien est singulier et difficilement explicable le charme gardé par des lieux qu’on a connus à peine, au début lointain de la vie, étant tout petit enfant, mais où les ancêtres, depuis des époques imprécises, avaient vécu et s’étaient succédés » L’écrivain Pierre Loti, aurait pu ainsi écrire cette citation à propos de Virieu.
L’Abbé Augustin Lagier, en 1889, louera la vallée de la Bourbre, en ces termes « La contrée la plus agréable du Nord-Isère, entre Lyon et Grenoble, est certainement celle de la vallée de la Bourbre. Sans offrir de grands aspects montagnards pittoresques, elle plait néanmoins beaucoup par son paysage dynamique, ses coteaux se relevant doucement, couverts de forêts, taillis et arbres fruitiers variés. Les vallons y aboutissant lui amènent des nombreux et gentils cours d’eau, qui entretiennent la fraicheur et une végétation luxuriante. Le promeneur ne se lasse pas d’admirer cette belle vallée, dont tous les replis paraissent plus attrayants les uns que les autres. »
Louis Fournier
Formation de la vallée de la Bourbre
Géologie de la Vallée de la Bourbre
La Vallée de la Bourbre est composée (en partant de l’amont de la rivière la Bourbre qui prend sa source dans la commune de Burcin) des communes suivantes : Burcin, Châbons, Blandin, Panissage, Virieu, Chélieu, Chassignieu, Le Passage et Saint- Ondras
Pour bien comprendre la morphologie de la vallée de la Bourbre entre Châbons et St André le Gaz, il faut s’aider de la géologie et remonter à la seconde moitié de l’ère tertiaire. A la fin du Miocène (5 à 10 Millions d’années), une première sédimentation alluviale importante avait déjà envahi nos régions pour former un piedmont. Dès lors, le climat qui était chaud et humide, se refroidit et s’assèche. Des épisodes d’invasions glaciaires vont se succéder sur les Alpes. La fonte des glaces intervenant dans les périodes intermédiaires entraîne une activité d’épandage de grandes quantités de galets très émoussés sur la totalité de ce qui sera, plus tard, le Bas Dauphiné. A la fin de l’ère tertiaire (Villafranchien), cette activité aura abouti à une surface aplanie inclinée des Alpes vers le Massif Central. La mer, qui avait envahi toutes les régions au pied des Alpes, est expulsée et ne reviendra plus dans le Bas Dauphiné.
Par la suite, au début du quaternaire, des déformations liées à la poussée permanente des Alpes, donnent naissance à des tracés fluviaux. Les premières grandes glaciations (Günz, Mindel et Riss) recouvrent tout le Bas Dauphiné et atteignent en plusieurs points la bordure orientale du Massif Central. Elles apportent de grandes quantités d’eau qui accentuent les tracés primitifs par leur érosion intensive. Les glaciers qui arriveront par la suite utiliseront la voie déjà tracée et en poursuivront le creusement.
Cette surface originelle est encore visible aujourd’hui, ce sont les plateaux de Chambaran et de Bonneveaux. Les sommets de nos collines sont également à classer comme des restes de la surface originelle érodée par les grands courants glaciaires et fluvio-glaciaires.
Lors de la dernière glaciation, dite de Würm, la glace qui avait tout recouvert pendant la période de Mindel se tient maintenant en dessous de 600 mètres. Le morcellement de la surface du piedmont des Alpes, canalise les glaces dans le fond des vallées déjà tracées, et il n’y a guère que dans nos régions que la glace peut dépasser la surface miocène (700 m). A leur extension maximale, les glaces de cette période venant du glacier du Rhône, remontant la vallée de la Bourbre y creusent une auge glaciaire typique. Elles se trouvent arrêtées par un seuil au niveau de Châbons. La Bourbre qui s’écoulait autrefois en direction du sud voit son cours s’inverser à cause de l’érosion glaciaire. Une autre langue dépasse un peu Charavines pour s’engager dans ce qui est aujourd’hui le lit de la Fure. Etant gênée par le seuil de Charavines, la glace surcreuse en amont en formant un ombilic. La dépression qui en résulte est occupée aujourd’hui par le lac de Paladru. Le phénomène est le même que celui qui a prévalu à l’établissement de l’étang du Grand-Lemps :
1) La rencontre avec un seuil engendre un surcreusement en amont dû à la poussée de la glace.
2) Lorsque la glace commence à se retirer, l’altitude de la trouée reliant le bas Guiers à la dépression de Paladru-Charavines, d’une part, et du seuil de Châbons d’autre part, est suffisamment élevée pour que ces deux zones (lac de Paladru et étang du Gand Lemps) soient libérées précocement de l’action des glaces. Les culots de glace abandonnés lors du retrait fondent sur place dans leur ombilic, et les grands courants de fusion qui, ailleurs vont colmater les autres ombilics de leurs alluvions, ne toucheront pas le lac de Paladru ni celui du Grand Lemps qui, ainsi resteront à l’état de plans d’eau.
Mais d’où provenait la glace ?
Le Bas Dauphiné étant de faible altitude, il ne pouvait pas s’alimenter lui-même en glaces. Celles-ci sont venues de montagnes plus ou moins éloignées. Il est probable qu’aux périodes les plus reculées (Günz, Mindel), les glaciers de l’Isère et du Rhône se sont rejoints dans le Bas Dauphiné. Mais ce n’est plus vrai aux périodes plus récentes (Würm) où seuls les prolongements du glacier du Rhône parviennent jusqu’à nous. De très nombreux galets ont ainsi été identifiés comme appartenant au massif du Mont Blanc et à la région du Valais.
Même si le principal agent de la configuration du Bas Dauphiné, les glaciers, est connu, la morphologie de nos régions demeure très complexe. L’action des glaces se combinant à celle des eaux de fonte, souvent en quantité énorme, il en résulte des paysages mixtes où la trace du passage des glaces a souvent été estompée par les terrasses de retraits (St Ondras, Le Passage). Les fonds de vallées sont aujourd’hui garnis de cônes de déjection formés des matériaux arrachés soit aux moraines, soit aux sédiments (poudingues) tertiaires. Ces cônes sont de première importance dans une vallée comme celle de la Bourbre. Ils forment l’essentiel du paysage du fond de la vallée. On en voit de beaux exemples à l’aplomb de Malin, de Virieu (rive droite), de Panissage (rive gauche), ou encore de Chélieu. Enfin les seuils, comme celui de Châbons, comportent de nombreuses moraines parallèles formant des rides plus ou moins visibles.
Historique
L’hypothèse de l’influence des glaciers pour expliquer la morphologie de nos régions ne s’est pas imposée facilement. Il fallut attendre le milieu du XIXème siècle (1860-1863), après des années de discussions passionnées pour voir triompher la théorie glaciaire. Auparavant, on accordait le plus grand crédit à une origine diluvienne de ces accumulations de galets, de sables et de blocs erratiques.
Michel Demargne
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Virieu ou Virieu sur la Bourbre
Nul ne semble avoir jamais retrouvé dans les archives si Virieu donna son nom à ses premiers seigneurs ou le reçut d’eux, mais il est fait mention du château et de ses propriétaires dès l’an 1043.
Une chronique écrite à la fin du XIX par A. Allmer historien, émet une hypothèse intéressante. Selon lui, Charancieu était traversé par une route très fréquentée à l’époque romaine. Une famille romaine du nom de Carentius donna son nom à deux terres qu’elle possédait à Charancieu.
Toujours suivant M. Allmer le propriétaire originel de la grande villa gallo-romaine découverte vers 1860 entre Chélieu et Panissage donna son nom à cette partie de la vallée, que traverse la rivière la Bourbre, appelée dès lors Caduliacum Chélieu. Très vraisemblablement, là demeura un membre de la puissante famille Vireius dont, la présence est révélée par des inscriptions à Vienne, à Aoste, à Domessin et ailleurs. De la famille Vireius cette partie de la vallée de la Bourbre reçut le nom de Virieu. Cependant toujours d ‘après M. Allmer, il semble que la famille féodale ne soit pas la continuation de la famille romaine Vireius. Elle aurait simplement pris le nom de la terre où elle bâtit sa première demeure.
Eric Verdel, archéologue de la conservation du Patrimoine de L’Isère, semble aller dans le sens de cette thèse, du moins en ce qui concerne l’origine du nom Virieu. D’après lui, les Virieu pourraient descendre de la vieille famille aristocratique qui habitait la villa de Chélieu. En effet, leur nom dérive du latin « vir », mot qui désigne un « homme noble » en latin au bas empire et au haut Moyen-Age. Cette hypothèse est renforcée par la permanence de l’occupation dans la vallée depuis l’époque romaine : si le domaine de Chélieu a effectivement appartenu à la même dynastie de grands propriétaires terriens pendant sept ou huit siècles, celle-ci a pu conserver le pouvoir par la suite. Au début du XIe siècle, son représentant aurait alors abandonné la villa de ses ancêtres pour s’établir sur les hauteurs en y faisant construire un château sur motte, mieux adapté à la défense et plus symbolique du pouvoir féodal qui se met en place.
Les révolutionnaires de Virieu en Dauphiné
En février 1790, au lendemain de la révolution la première municipalité de Virieu, adopte son drapeau avec armoiries sur lequel elle fait broder ces mots « Municipalité de Virieu en Dauphiné »
De Virieu à Virieu-sur-la-Bourbre
En 1861, la compagnie ferroviaire qui terminait la construction de la ligne de chemin de fer de Lyon à Grenoble, décida de dénommer la gare : gare de Virieu-sur-Bourbre. Ceci afin d’éviter toutes confusions avec les gares de Virieu-le-Grand et Virieu-le-Petit, situés dans l’Ain. L’administration des Postes et Télégrammes suivra cette option, car c’est approximativement à partir de cette période que l’on peut remarquer, et ce jusque dans les années 1950, que le courrier était oblitéré avec le cachet « Virieu-sur-la-Bourbre » puis « Virieu-sur-Bourbre ».
C’est ainsi que le village sera, usuellement et à tort appelé Virieu-sur-Bourbre, du nom de la rivière qui traverse la vallée (Borbo, au Moyen Age). Quant à l’origine du nom donné à cette rivière, étymologiquement l’on pourrait y voir « Borbo » le nom du dieu gaulois de la source. D’autres verront comme origine le mot local issu du patois « la borba » ou « la bourba » soit la boue. L’on comprend que cet ajout à Virieu ne soit pas d’une consonance flatteuse.
Officiellement, seule l’appellation « Virieu » existe, mais différentes administrations semblent hésiter sur le nom exact à donner à notre village. En 2018, la municipalité de Virieu a chargé la commission « informations et communication » d’étudier et de proposer au conseil un logo pour la commune. Le groupe de travail s’est très vite trouvé confronté au problème épineux du nom à donner à la commune. Comme Il n’y a qu’une seule commune répondant au nom de Virieu dans le département de l’Isère, et, qu’une seule de ce nom dans le Dauphiné, la commission a proposé au conseil la définition de « Virieu en Dauphiné ». Toutefois, le nom « Virieu » est toujours le nom de la commune à ce jour. Jusqu’à ce qu’au 1er janvier 2019, suite au rattachement des communes de Virieu et de Panissage, le nom de la nouvelle entité sera désormais Val-de-Virieu. Les panneaux indicateurs changeront à nouveau pour porter désormais le nom de Val-de-Virieu.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Virieu et ses environs jusqu'à la fin du Moyen Age
Avant l’an Mil
L’occupation humaine dans la haute vallée de la Bourbre commence au début de notre ère. C’est en effet de l’époque gallo-romaine que datent les plus anciens vestiges archéologiques découverts à ce jour sur l’ensemble des communes riveraines. Au XIXe vers 1860 la construction de la ligne de chemin de fer a dégagé les restes d’une grande « villa », non loin de l’église Saint Martin à Chélieu. Au cours des travaux, des murs, des fragments de statues et des mosaïques ont été vus, qui indiquaient la présence d’une riche demeure antique.
Vers l’an Mil
Faute de textes d’archive et de fouilles archéologiques, on ignore presque tout des conditions dans lesquelles le peuplement de la vallée a évolué entre la fin de l’époque carolingienne et le début du XIème siècle. Au tournant de l’an Mil, le régime de la propriété du sol évolue. Les dynasties châtelaines remplacent souvent les anciennes familles possédantes ou sont issues de leurs rangs. C’est probablement le cas à Virieu, où s’installe une lignée seigneuriale, représentée par Guifred. Celui-ci est mentionné en 1043 en tant que « seigneur de Virieu » (Vifredus, dominus de Viriaco). Comme les châteaux en pierre n’existent pas encore à l’époque dans la région, Guifred réside certainement sur une motte. Ce genre de fortification privée comprend une butte de terre surmontée par une tour en bois, une basse-cour abritant des bâtiments d’habitation également en bois, le tout ceinturé par une palissade et un profond fossé.
D’où les Virieu sont-ils originaires ? Ils pourraient descendre de la vieille famille aristocratique qui habitait la villa de Chélieu. En effet, leur nom dérive du latin « vir », mot qui désigne un « homme noble » en latin du haut Moyen Age. Au début du XIe siècle, son représentant aurait alors abandonné la villa de ses ancêtres pour s’établir sur les hauteurs en y faisant construire un château sur motte, mieux adapté à la défense et plus symbolique du pouvoir féodal qui se met en place.
Le Moyen Age féodal
En 1107, le bourg de Virieu se développe sous le château, protégé par une muraille qui englobe les maisons. Au début du XIIe siècle, la motte castrale est probablement remplacée par un petit château en pierre. Cependant, les constructions les plus imposantes datent du XIIIe siècle, après que Siboud de Clermont ait acquit la seigneurie de Virieu par son mariage avec Béatrix, seule héritière de Martin de Virieu. Siboud fait reconstruire la forteresse et surtout la grande enceinte périphérique, avec trois tours circulaires en moëllons de tuf. Le château connaît ensuite d’autres transformations importantes, surtout à la fin du XVIe siècle, quand Artus Prunier de Saint-André rachète la seigneurie aux Clermont. C’est probablement lui qui fait élever le « donjon », alors qu’il n’a plus d’utilité réelle. Mais il demeure, symboliquement, la pièce maîtresse des châteaux féodaux.
En 1494, un texte rappelle que « le bourg, appelé autrefois villa Viriaci, est entouré de murailles et fermé par des portes, l’une vis à vis de l’ancienne maison de ville qu’on appelait la Porte Rustique ». L’histoire religieuse de Virieu est liée à celle du monastère de la Silve Bénite, construit par les chartreux en 1116 sur une terre donnée par les Virieu. Le premier ermitage reste très modeste jusqu’aux années 1160. La légende prétend qu’à cette époque l’empereur d’Allemagne Frédéric Barberousse, venu chasser dans les environs, a la vision d’une main bénissant la forêt et le sanctuaire construit cinquante ans plus tôt. C’est à partir de cette « forêt bénite » (silva benedicta, en latin) que les religieux vont étendre leur emprise sur le territoire environnant. En réalité, Barberousse a une raison personnelle de s’intéresser au monastère : son fils Thierry entre au couvent comme frère convers en 1167 et joue un rôle diplomatique important comme agent de liaison entre les chartreux, le pape et l’empereur. Grâce à l’argent donné par son père, les chartreux font construire de nouveaux bâtiments. Dans la vallée de la Bourbre, Thierry fonde l’hôpital Sainte Madeleine à Chélieu en 1172. Réservé aux pauvres et aux malades des paroisses voisines, l’établissement est entièrement détruit à la fin du XVIIIème siècle. Au cours des guerres de Religion, la première église de Virieu, établie dans le haut du bourg, est incendiée en 1586 par une « troupe de brigands ». Peu après, elle est rebâtie à son emplacement actuel, en partie avec les pierres du précédent lieu de culte comme l’atteste l’inscription gothique lisible sur la façade « Ce clocher a été refait l’an 1491 par les paroissiens ».
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Sources : Éric Verdel, Co-directeur de recherches archéologiques de Charavines. Ingénieur de Recherche. Avec son aimable autorisation.
Virieu, l’état du pays en 1789 et en 1801
Statistique comparative de l’état du pays en 1789 et en 1801, effectué par la commune de Virieu, à la demande de l’administration.
L’on y apprend, qu’en 1789, Virieu comptait 7021 arbres sur les routes ou dans la campagne, et qu’en 1800, il n’y en restait seulement 3113, cette disproportion étant due aux gèle intense de 1789 et 1794. Que les gages des domestiques « mâles » étaient de 72 livres en 1789 et de 150 livres en 1794 alors que ceux des domestiques « femelles », étaient de 36 livres en 1789 et de 72 livres en 1794. Il se tenait une foire dans la commune en 1789 et en 1800, quatre foires avaient lieu dans l’année. Le jour de marché avant la révolution et en 1794, un marché qui se tenait tantôt le lundi, tantôt le jeudi, que ce marché avait été supprimé et que la commune attendait avec impatience son rétablissement en 1801.Tout comme elle attendait la reconstruction de la halle. Les doléances formulées par le rédacteur du rapport, signale des abus des cabaretiers qui enfreignent le règlement de police sur l’heure de la clôture des cabarets, et les marchands qui enfreignent les tarifs le pain et la viande, l’infidélité commise sur les poids et mesures. Le rédacteur de terminer son rapport sur la nécessité d’achever la grande route de Lemps aux Abrets, par Virieu, tracée par ordre du gouvernement en 1781.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
L' apprentissage de la démocratie
Dès les prémices de la révolution de juillet 1789 Virieu et les paroisses environnantes craignaient la venue de brigands. C’était, en fait, des gens couverts de dettes, des journaliers, munis d’armes de toutes sortes qui servaient de meneurs à des étrangers. Ils voulaient piller et brûler le château, habité par Monsieur de Langon et son épouse, dernière descendante des Prunier de saint André. Bientôt des bandes nombreuses de paysans se joignirent à eux dans le but d’obtenir la fin de leurs impôts. Mais le noble André Ravier, seigneur d’Herbelon fit son possible, avec les bons habitants de Virieu, pour éviter le saccage du château. Les brigands acceptèrent une trêve de trente-six heures pour permettre aux délégués de Virieu de rapporter l’abandon, de la part de Madame de Langon, de tous ses droits féodaux. Beaucoup de tractations s’en suivirent, un détachement de 200 hommes de la milice de Grenoble vint même à Virieu, mais ils n’intervinrent pas.
Le 29 juillet 1789, une cohorte d’individus entra de force dans les communs du château, réclamant à grands cris les terriers (registres des redevances), et menaçant de mettre le feu au château s’ils ne les obtenaient pas. Ces terriers furent brûlés dans la joie dans le pré dit de « La Partelle», emplacement actuel du Centre de Soins (anciennement « Maison du repos de l’ouvrière » et de son parc). A propos de ces terriers, le citoyen François Gaven, régisseur de madame de Langon, sera interrogé le 15 décembre 1790, sur la déclaration qu’il avait faite jadis à un membre de la commission intermédiaire, il déclarera que dans le temps de trouble et de brigandages des châteaux, il était à Grenoble où il a demeuré quarante jours, et après son arrivé au château de Virieu, il trouva les archives en désordre. Il déclara peu de jours après sur la demande de la commission intermédiaire, que les terriers du château avaient tous été brûlés, mais depuis il s’en était retrouvé plusieurs, par conséquent pour la sûreté de la conscience, il faisait l’aveu sincère qu’il ne croyait pas qu’il manque aucuns terriers originaux anciens, ni de la dernière rénovation et autres titres essentiels à madame de Langon.
Pour remettre de l’ordre dans une France livrée à l’anarchie, une des grandes réformes fruit de la révolution sera, l’instauration des « municipalités nouvelles », et ce par un décret du 14 décembre 1789. Avant cette date, la commune était gérée par des consuls élus au cours d’assemblées générales par les habitants, ceux-ci se réunissant à la sortie des offices religieux ou sous la halle. La nouvelle municipalité de Virieu, était composée en majorité de bourgeois, le droit politique n’était accordé qu’à une partie des citoyens divisés en deux classes : Les « citoyens passifs », n’ayant pas de droit de vote et les « citoyens actifs » ayant le droit de vote et payant une contribution directe. Les effets de la révolution, laissaient les pauvres aussi écartés de la gestion de leur pays, que sous la royauté.
C’est ainsi que sera formé du 11 au 13 février 1790 le « premier corps général de la commune », composé des membres du « corps municipal » et « des notables » tous citoyens actifs : Le corps municipal, sera composé de Messieurs Ravier d’Herbelon, maire. Clément Guillaud, bourgeois. Guillaume Charvet, marchand. Jacques Favier, notaire royal. Joseph Guillaud, laboureur. Charles Chassigneux, marchand. Hautié, curé de Panissage. François Colliat, laboureur. Pierre Tripier Fourier, père, laboureur et de Monsieur Apprin, procureur de la commune, ce dernier sans voix dé libératrice avait pour fonction de défendre les intérêts de la commune. Et le corps des notables composé de Messieurs Joseph Barril, marchand. François Dombey, ancien receveur des impôts de l’arrondissement de Virieu. Pierre Fuzier, bourgeois. Joseph Rabatel, laboureur. Pierre Vittoz, marchand. Louis Durand, laboureur. Guillaume Monin, maréchal. Antoine Seigle, fermier. François Raison, fermier. Claude Chaboud, laboureur. Joseph Servoz, cordonnier. Pierre Beaupied, marchand. François Colliat, marchand. Joseph Guillaud, fermier.
Une des premières tâches de cette jeune et inexpérimenté assemblée, et de son premier maire à entrer dans l’histoire de la commune de Virieu, sera d’assurer la protection des personnes et des biens. C’est donc le samedi 20 février 1790, à neuf heures du matin, dans la maison de Monsieur André Ravier d’Herbelon, grande demeure située place de la Halle. Que se tiendra la première assemblée municipale, la commune n’étant pas encore pourvue d’une « maison de ville ». Au cours de cette réunion, M. le Laurent Magnin Dufayet, sera nommé secrétaire greffier « pour l’intelligence et le courage avec lesquels il avait concouru à la défense du château de Virieu le 2 août dernier, et pour la peine qu’il s’était donné aux mois de juillet, août et septembre 1789, pour enseigner l’exercice et le maniement des armes de la milice citoyenne de Virieu. L’assemblée espérant qu’il voudra bien continuer l’instruction de la milice nationale à former dans les autres paroisses de cette commune, conformément aux décrets de l’assemblée nationale qu’on attend à ce sujet, pour se pourvoir tous en même temps d’un uniforme et de l’espèce d’arme, qu’elle déterminera ».
Messieurs les officiers municipaux assistés des notables, ont inscrit dans un rôle tous les citoyens actifs en état de porter les armes depuis l’âge de quinze ans, jusqu’à celui de soixante. Toute fois les enfants qui ont prêté serment au mois d’août dernier lors de la bénédiction des drapeaux de la milice citoyenne de Virieu, pourront être inscrits dans ce rôle, dès l’âge de douze ans. Faveur que monsieur d’Herbelon, maire a demandé aussitôt justement pour son fils élève au collège de Tournon, ensuite d’une lettre qu’il a reçue au mois de décembre dernier, conçue en ces termes, « Je vous prie mon cher papa de me marquer qu’elle est l’uniforme de la milice citoyenne de Virieu, je veux en être faites montée la garde pour moi »
Au cours de cette première séance, ont été signalé les désordres auxquels donne lieu dans toutes les paroisses de cette commune, les cabaretiers en vendant du vin aux habitants du pays, à des heures indues et dans le temps des offices divin. La liste des méfaits et des actes d’incivisme sera longue, pour exemple : le mardi 6 avril 1790, « Les gens qui après avoir bu chez Jean Vittoz, cabaretier, après minuit seront cités à la diligence et poursuite du procureur de la commune pour comparaître par-devant le maire pour rendre compte de leur conduite, et pour effectuer contre eux ce qu’il appartiendra pour avoir troublé le repos public et commis des dégâts à différents particuliers, ainsi que le cabaretier » Le 28 avril du même mois, « Entre Chassignieu et Valencogne un assassina est commis sur la personne de Pierre Didier Bourdet. Le procureur de la commune de Virieu est chargé de donner incessamment avis à monsieur le procureur du roi de Vienne de cet assassinat commis sur le grand chemin ».
La peur engendrera des rumeurs que la municipalité s’efforcera de calmer. Le 1er mai 1790, sur les deux heures de l’après-midi, les officiers municipaux et notables de Virieu, requis par le procureur de la commune sur les plaintes qui lui ont été portées par différents particuliers et par les officiers de la garde nationale, accompagné d’un grand nombre d’habitants des paroisses voisines, ont envoyé visiter s’il y avait dans le château de Virieu des armes et des munitions de guerre que des ennemis y auraient fait porter clandestinement en l’absence et à l’insu des maîtres, « Suivant le bruit répandu qui s’amplifie de plus en plus chaque jour. Nous nous y sommes rendus et après que quatre sentinelles ont été placées à l’entrée du château ; nous avons mandé le citoyen François Gaven régisseur et dépositaire des clefs, nous l’avons interpellé d’ouvrir les portes pour faire les recherches que nous avons cru devoir accorder à la réclamation publique. A quoi le Citoyen Gaven, a ouvert les portes, étant suivi des nommés Guillaume Guillaud Bataille, garde bois, Antoine Goulet et du jardinier, tous domestique au château. Nos assistants ont été par eux conduit dans tous les appartements et réduits les plus cachés, et après les avoir parcourus et visités, ainsi que les alentours du château avec la plus grande exactitude, ils nous ont rapportés n’y avoir trouvé aucune provision d’armes, de vivre ou munitions de guerre. Mais seulement quelques vieux fusils de chasse, avec les six petits canons montés depuis très longtemps sur des affûts. La garde nationale ayant ensuite témoigné un désir d’emprunter quelques-uns un de ces canons pour apprendre la manœuvre ; le citoyen Gaven en sa qualité de régisseur du château y a consenti et choisi de concert les trois de ces canons qui leur ont paru en meilleur état, quoiqu’il ait beaucoup de réparation à faire aux affûts et ont descendu les trois canons dans le bourg, où nous nous sommes rendus pour rédiger le présent procès-verbal »
Le 19 septembre 1790, « Il a été décidé de supplier messieurs du directoire de district de la Tour du Pin, d’ordonner l’exécution des décrets de l’assemblée nationale, concernant l’armement de la garde nationale des frontières et particulièrement de celle la municipalité de Virieu, qui est composée de huit paroisses, formant le quinzième canton du district de la Tour du Pin, très voisin de la Savoie. Et cela avec d’autant plus de raison que l’on est journellement menacé des incursions des ennemis extérieurs, ce qui occasionne des alarmes continuelles dans ces contrées. En se voyant hors d’état de ce défense suffisante, l’armement réclamé étant encore indispensable tant pour le maniement des armes, des évolutions que pour la tactique ».
Les rumeurs décidément ont la vie dure, le dimanche 19 décembre 1790, la municipalité, assemblée sur la réquisition du procureur de la commune sur environ quatre heures de l’après-midi. Celui-ci signale « que depuis quelques jours le bruit s’est répandu, que l’on transporte des armes dans la maison des révérends pères chartreux de la sylve Bénite. Ainsi que d’autres munitions de guerre, qu’il est de la plus grande nécessité de vérifier ce fait, soit pour faire transporter lesdites armes, et munitions, à la maison commune, si on y trouve un dépôt. Soit s’il n’y est point trouvé après vérification exactement faite, faire connaître au peuple que les religieux, s’occupent des devoirs de leur état, et non de contre-révolution. Puisqu’il paraît tant par leurs dons patriotiques, que par la déclaration de leurs revenus qu’ils se conforment aux décrets de l’assemblée nationale accepté par le roi. En conséquence, il requière de faire appeler le commandant de la garde nationale pour envoyer un détachement à la dite chartreuse, afin que rien ne puisse entrer ni sortir sans être par lui vérifié et que la municipalité s’y transportera demain matin pour y faire toutes les perquisitions nécessaires, en dresser procès-verbal ».
Le lendemain, au lieu et dans le couvent de la sylve Bénite, ensuite de la réquisition du procureur de la commune, et de l’ordonnance rendue hier sur les six heures du soir, le corps municipal s’est rendu accompagné du dit procureur dans le dit couvent de la sylve Bénite et s’étant fait précéder par un détachement de la garde nationale commandée par le major, qui a fait investir le dit couvent et fait placer des sentinelles à toutes les issues pour empêcher toutes communications intérieures et extérieures. Après avoir prévenu le supérieur du couvent de sa mission, monsieur le maire a ordonné qu’il fut fait sur-le-champ les plus sérieuses recherches et perquisitions dans toutes les parties du bâtiment qui composent cette maison, depuis les caves jusqu’au couvert, pour s’assurer des armes et munitions de guerre dont le bruit s’était répandu dans cette municipalité et dans les environs. Ce qui a été fait avec exactitude, et dans cette perquisition il n’a été trouvé que dix-neuf fusils, dont certains vieux et rouillés, sept pistolets dont deux doubles, six sabres et un couteau de chasse et environs trois livres de poudre. Ayant reconnu que ces armes étaient anciennes, et destinées à l’usage de la maison, ainsi que la poudre, par conséquent il n’y avait aucun armement nouveau ni autre munition de guerre. La municipalité a décidé qu’il était de sa justice de laisser lesdites armes en leur pouvoir pour se défendre dans le besoin contre des mal intentionnés, attendu que ce couvent est isolé dans les bois sans pouvoir espérer de secours que de leurs propres forces. Pour calmer les inquiétudes que ce prétendu armement avait causé aux citoyens de cette municipalité et aux environs et voulant rendre justice aux religieux de la sylve Bénite, ordonne qu’à la diligence du secrétaire, il sera affiché dans toutes les huit paroisses de ce canton le présent procès-verbal.
Le même mois, le procureur de la commune dit que sur la plainte déposée par Jean Baptiste ravier, citoyen de l’Homnézy du vol de paille fait dans ses granges, il aurait porté ses plaintes devant la municipalité et requis de lui être accordé quatre hommes de la garde nationale pour faire des perquisitions chez différents particuliers pour savoir s’ils n ‘avaient point la paille volée. Et étant chez un habitant du dit homnézy, proche du citoyen Ravier, les quatre hommes de la garde nationale accompagnés du Citoyen Ravier, ont trouvé beaucoup de paille qu’ils ont reconnu ne pas être de la production du dit citoyen Antoine. Le lundi 10 janvier 1791 suivant comparaîtra ledit Antoine, sur les différentes interrogations de part et d’autre, le dit Antoine a convenu qu’il avait effectivement volé de la paille, et après avoir réclamé son pardon et notre commisération, il a été condamné, (attendu son extrême misère), à trois livres d’aumône envers les pauvres de Virieu, qu’il remettra à M. le curé Mermet.
Au début de l’année1791, la garde nationale a arrêté deux hommes, originaires de Burcin, samedi dernier sur les sept heures du soir, volant du fil, chez le citoyen Pascal marchand à Virieu. Que l’on fît conduire dans la prison du château de Virieu, attendu que cette municipalité n’en possède point de construite. Alors que la municipalité allait délibérer sur le transfert des deux hommes, Antoine Poulet domestique du château de madame de Langon est venu nous instruire de l’évasion des prisonniers, qui pour y réussir ont mis le feu à la porte de la prison qui a été brûlé à moitié, que d’autres domestiques du château ayant aperçu de la fumée, se sont portés dans le lieu, et ayant trouvé que la porte brûlait encore, ils y ont vite porté de l’eau pour éteindre le feu, qu’ils se sont aussi aperçus que la porte qui ferme le bûcher qui est sur le devant de la prison a été forcée. Le feu aurait été procuré, par une petite fenêtre qui éclaire la prison. Un avis sera communiqué aux communes voisines et à la gendarmerie nationale. Peu de temps après la municipalité présentera une requête au directoire du département pour obtenir une brigade de gendarmerie dans le canton de Virieu.
La perspective de voir s’établir une brigade de gendarme dans le bourg, n’empêchera pas, Benoît Bourjal, tisserand de Virieu, d’être blessé à la main, à coups de sabre, par le nommé Biessy, garçon chapelier à Virieu, dans l’auberge du citoyen Louis Maljournal, fils. Le dit Bourjal, demandera des dommages et intérêts proportionnel à la perte qu’il allait faire de ses moissons.
L’année 1792, apportera son lot de méfaits, les citoyens de Virieu et de la région, ne semblaient pas se soucier du sort du roi Louis XVI emprisonné. Pas plus qu’ils ne s’inquièteront de la première utilisation de la guillotine, le 25 avril sur un bandit condamné à mort, répondant du nom de Pelletier. Un matin de février, vers les six heures et demi, Joseph Badin, clerc de la paroisse de Blandin, étant venu pour sonner l’angélus, s’est aperçu que la grande porte de l’église était ouverte, ainsi que celle de la sacristie. Il a alerté le curé Faroux, qui s’est transporté dans la sacristie, est a constaté que l’armoire ouverte et que l’ostensoir, le porte dieu, les reliques de tous les saints d’argent doré. Il s’est ensuite rendu auprès de l’autel, et a trouvé la porte du tabernacle ouverte et le ciboire de même avait disparu. L’histoire ne nous le dit pas si les voleurs furent arrêtés. Mais la municipalité, aura d’autres chats à fouetter, courant mai un membre de l’assemblé fait remarquer que « les ennemis de l’intérieur distribuent des brochures contenant des libellés contre la constitution, qu’il est du devoir du corps municipal de faire toutes les recherches possibles pour découvrir les distributeurs, instigateurs et enfin les ennemis du repos public »
Un peu plus tard, les citoyens de Virieu, instruits qu’il y restait encore dans la maison de madame de Langon, trois pièces de canons montés sur leur affût, qui dominent le bourg de Virieu, ce qui cause des inquiétudes non seulement au corps municipal, mais encore à tous les citoyens qui depuis longtemps se plaignent hautement de l’incivisme de la maison Langon et de tout ce qui la compose, puisque le citoyen Langon, père a protesté, comme membre du corps législatif contre l’autre constitution et que le fils passe pour émigré. Le conseil après délibération, décide que pour calmer les alarmes des citoyens et prévenir une effervescence qui pourrait être dangereuse et enfin pour s’assurer des trois pièces de canons dans la crainte que l’ennemi ne s’en emparassent pour les diriger contre les citoyens. Messieurs Vittoz et Berlioz officiers municipaux, requerront un officier de la garde nationale de Virieu, pour qu’avec un nombre suffisant de soldats pour aller prendre les trois pièces de canons pour les descendre dans le bourg de Virieu qu’ils les placeront dans un lieu de sûreté. Et que dans le cas où il serait nécessaire de faire des réparations aux affûts, une délibération serait prise. La municipalité chargera courant juin, le citoyen Belmont, notable et sous-lieutenant de la compagnie de Virieu, de faire l’emplette d’un drapeau tricolore forme parisienne surmontée d’une couronne civique supportée par une lance au milieu et l’inscription du décret sur fond or, « Le peuple français ; la Liberté ou la mort », il achètera aussi avec le plus d’économie huit flammes de huit couleurs différentes qui seront distribués par numéro suivant le rang de la compagnie. Il sera aussi arrêté que M. Magnin commandant du bataillon donnera les ordres nécessaires pour mettre deux pièces de canons en état de service, pour être conduit à la fédération du 14 juillet prochain, à la tête du bataillon. Il avisera pareillement au moyen d’instruire les gardes nationaux à la manœuvre des canons. Il sera pareillement chargé de se procurer la poudre nécessaire pour l’exercice du tirage de cible.
Alors que les troupes françaises remportent la victoire de Valmy, sur les Prussiens le 20 septembre 1792, le corps municipal de la commune de Virieu, considérant que le danger de la patrie est éminent, et qu’il convient de veiller de tout son pouvoir au salut de la patrie. Et sur le rapport qu’il lui a été fait, qu’il existait des maisons suspectes dans la municipalité, qui se trouvent munie d’armes et de munitions, ce qui cause des inquiétudes aux bons citoyens, qu’il est urgent de les désarmer. En conséquence, il a été arrêté que toutes les maisons soupçonnées ou reconnues être habitées par des personnes inciviques, seront désarmées, dès demain, et les armes et munitions qui seront trouvées seront déposées dans la maison commune, pour être employées, à l’armement des défenseurs de la patrie. Le présent arrêté sera notifié aujourd’hui au citoyen Badin adjudant de la garde nationale du canton de Virieu, pour qu’il ait à commander un officier et le nombre de soldats qu’il croira nécessaire pour cette expédition, et aura soin de faire toutes les perquisitions nécessaires, pour découvrir les dépôts.
Un peu plus tard la municipalité est informée que des malveillants sollicitaient les citoyens à refuser le payement de leurs contributions foncières, et qu’il refuserait eux-mêmes, ce qui annonce un projet de rébellion. La manifestation de ses manœuvres étant dangereuse au bien de l’état, il a été arrêté que tout citoyen ou autres personnes prévenu d’avoir tenu de semblables propos, seront dénoncé et poursuivies par-devant qui de droit. Le conseil général de la commune de Virieu, après avoir oui lecture du procès-verbal du conseil du département de l’Isère, relatif à la nomination des commissaires que l’intérêt de la patrie exige, de nommer pour intercepter toute correspondance entre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. Il a été nommé M. Magnin Dufayet juge de paix, Joseph Servoz et François Mollard citoyens à Virieu, lesquels surveilleront exactement l’ouverture des paquets qui arriveront par la poste. De même que ceux qui partiront et ce conformément en tout à l’arrêté pris par les administrateurs du département de l’Isère.
Le 21 décembre 1793 s’est présenté Claude Rabatel, fermier à Chélieu, fils de Joseph lequel a dit que le citoyen Pascal, marchand à Virieu lui a vendu aujourd’hui, cinquante-trois livres et demi, poids de Marc, de clous de charrette, au prix de quatorze sous la livre, tandis que la fixation du maximum de cette denrée est de dix sous la livre. Requiert que justice lui soit rendue. Il n’a signé pour ne savoir.
16 novembre 1794 le corps municipal arrête que chaque officier municipal dans sa section respective et autorisé à requérir tel nombre de la garde nationale qu’il jugera nécessaire pour contraindre les citoyens qui se trouveront en retard de fournir leur contingent en grains dont ils ont été requis, de la faire sur-le-champ dans la maison commune de Virieu, et à défaut de les traduire à la maison commune pour être de suite conduit dans les prisons du district de la Tour du Pin
Le premier district rural de France
« Virieu-sur-Bourbre est un des plus petits chefs-lieux de l’Isère, il comprend 14 communes, sa population totale en 1962, était d’environ 6 500 habitants. Situé au milieu de vallons verdoyants et fertiles, Virieu et les communes avoisinantes avaient une vocation essentiellement agricole. De plus en plus il apparaissait que les problèmes de Virieu, communs à ceux des villages voisins, avaient avantage à être étudiés et résolus à l’échelle intercommunale. Virieu-sur-Bourbre, chef-lieu de canton, vit grâce à l’apport en personnel et en clientèle des communes environnantes ; il est apparu que sa situation financière un peu privilégiée devait par un juste retour des choses, et par solidarité, profiter à tous ceux qui participaient à ce bien-être tout relatif.
Ce point de vue à amené à envisager la création d’un district qui allait comprendre cinq communes limitrophes dont Virieu-sur-Bourbre serait le centre : Panissage, Blandin, Chélieu, Chassignieu. Il faut dire que René Brutillot maire de Virieu, instigateur de ce projet, a trouvé auprès de M. le Sous- préfet et auprès des maires intéressés beaucoup d’aide et de compréhension et cette volonté d’aboutir s’est concrétisée par l’arrêté préfectoral du 30 mai 1962, portant officiellement création du district de Virieu.
Un district est un groupe de communes qui décident de mettre en commun certaines ressources, afin d’arriver à des réalisations d’intérêt général. Les communes qui composent le district formaient déjà un ensemble géographique parfait, Virieu se trouvant au centre dans la même vallée, et la ligne de crête des collines qui l’entourent décrivant en effet les limites approximatives des cinq villages constituant le district. Ainsi, ne faisait on qu’appliquer sur le plan administratif ce qui existait déjà sur le plan géographique et humain. Virieu étant le lieu de convergence pour tous les habitants des autres communes qui trouvaient ici, indépendamment des commerces de tous genres qui assurent leur existence matérielle, médecin, pharmacien, notaire, percepteur etc…Le rôle du district est essentiellement coordinateur.
De multiples tâches attendaient Virieu et sa région avait besoin, pour dans tous les domaines : Maintenir sur place une nombreuse jeunesse de petites industries. Déjà à Virieu, deux usines avaient ouvert leurs portes et employaient plus de 70 ouvriers. Dans l’avenir, avec le district de nouvelles implantations pourront être envisagées. Dans le domaine sportif, l’idée d’un équipement unique était à l’étude. Un stade commun était envisagé. Sur le plan de la voirie, il pourrait être crée une équipe de cantonniers intercommunaux couvrant le district et disposant d’un matériel moderne. En ce qui concernait le problème scolaire, le regroupement des écoliers est un chose essentiel. Un ramassage pourrait être créé afin d’amener les enfants sur place et de les répartir d’après leur âge entre les diverses écoles du district. Tout ceci tendait à prouver qu’il ne s’agissait pas, comme certains avaient pu le penser de porter atteinte à l’autonomie des communes. Au contraire, des réalisations impossibles à l’échelle communale pouvaient être entreprises dans le cadre du district ».
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Propos recueillis en 1962 auprès de M. René Brutillot, président du district rural de Virieu.
Source : Le Dauphiné Libéré
Feu le canton de Virieu
Les êtres ne font que passer, les institutions aussi
Le vendredi 17 mars 2017, les 14 maires et leurs adjoints de « feu » le canton de Virieu se sont réunis une ultime fois sur les cendres d’un canton, qui les avait rassemblés depuis deux siècles. Ce canton a vécu, puis a disparu administrativement, éliminé début 2015 par une réforme territoriale. Pour les édiles, pas de nostalgie surannée, mais l’on ne tire pas facilement un trait sur plus de deux cent ans de vie commune, pas plus que l’on ne balaie d’un revers de main ces années de partage ; en outre, il serait vain d’imaginer tisser des liens équivalents dans un canton composé désormais de 32 communes.
Laurent Michel, président de l’association déclare : « Le nouveau périmètre issu de la réforme n’apporte aucune amélioration ». S’appuyant sur les intentions du gouvernement, qui a annoncé en 2014 la suppression à terme du Conseil départemental, il rajoute : « le nouveau canton, même modifié, a (déjà) vécu et disparaitra à très court terme, sans laisser de traces de sa courte existence ». Le département se subsisterait comme circonscription pour l’administration déconcentrée de l’Etat. Quant aux cantons, privés de leur subsistance, ils deviendraient caducs au profit des nouvelles structures administratives et territoriales : communautés de communes, voire regroupements de communautés de communes.
Daniel Vitte, en tant que dernier conseiller général de l’ex canton, a eu une pensée pour les habitants des 14 villages, qu’il a représentés durant plus de 25 ans et pour ce territoire, dont il salue la diversité et la vitalité. Des bassins de vie, pour lesquels il avait créé un exceptionnel trait d’union : la revue « 14 à la une », éditée deux fois par an, tout au long de ses mandats successifs. Et, il aime à souligner : « si le canton a été exécuté, les communes demeurent, superbement mises en valeurs dans le livre témoignage publié, par l’association des maires et adjoints : « Voyages à ma porte ».
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation des auteurs.
Sources : Daniel Vitte et Laurent Michel, maires des communes de Montrevel et du Passage
Oui au val du Dauphiné
Oui aux Vals du Dauphiné … le début d’une grande aventure
135 maires et élus des 24 communes du Nord-Isère ont approuvé le 5 mars 2016 le projet de fusion de leurs quatre communautés de communes.
Répondant à l’invitation lancée par le directeur du syndicat mixte « Vals du Dauphiné expansion », l’outil qui fédère depuis plus de 20 ans les quatre communautés de communes des Vals du Dauphiné qui en formeront une seule au 1er janvier 2017 : Bourbre-Tisserands, Vallée de l’Hien, Vallons de la Tour, Vallons du Guiers, invitation à prendre une photo de famille des Vals du Dauphiné, le samedi 5 mars, à Virieu (Isère). Le programme était des plus simples : pas de prise de parole, pas de démonstration spectaculaire, uniquement la volonté de montrer combien l’on croit en son territoire, le plaisir de se retrouver ensemble pour dire « Oui aux Vals du Dauphiné ».
Les édiles, par les voix des quatre présidents des communautés qui composent les Vals du Dauphiné, ont profité de ce moment d’exception pour l’avenir du territoire pour proposer à Magali Guillot, maire de Saint André-le-Gaz et conseillère départementale, d’être candidate à la présidence de la future communauté des Vals du Dauphiné. Une femme, et 25 hommes, sont à la tête de l’une des vingt-six intercommunalités de l’Isère.
Après les pionniers qui ont su créer des habitudes de travail depuis plus de 20 ans, après le Département qui a fait, des Vals du Dauphiné, l’un de ses treize territoires, après les agriculteurs qui ont créé, sur le territoire, leur échelon local « TerraVal’d », après la Société civile à travers le « Conseil local de développement », ces 135 élus viennent d’adresser un message fort : « Oui aux Vals du Dauphiné » !
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Sources : Le Dauphiné Libéré
Rattachement des communes
Rattachement des communes de Panissage et de Virieu
Le 26 septembre 1942, M. le maire donne lecture d’une lettre de M. le préfet stipulant que la loi du 28 février 1942, prévoit le groupement de certaines communes soit par rattachement pur et simple à d’autres communes, soit par le moyen de l’association en vue de la gestion d’un ou de plusieurs services publics. Le comité de coordination installé dans le département a, au cours de sa séance du 15 courant proposé le rattachement de la commune de Blandin à celle de Virieu. Il ajoute que l’assemblée est appelée à émettre un avis sur ce sujet. Le conseil après discussion et mur examen, déclare qu’à priori il accepterait volontiers la fusion projetée, mais que ces deux communes ne sont limitrophes que par une faible partie de territoire et en plus séparées par la Bourbre. Que leurs intérêts respectifs sont complètements différents et que certains hameaux déjà très loin de leur mairie seront encore doublement éloignés de Virieu. Que la commune de Virieu a entrepris de grands travaux d’adduction d’eau très onéreux et qu’il ne serait pas logique d’en faire supporter la dépense à Blandin qui ne pourra aucunement en profiter. Que la réunion des deux communes, tout en causant de graves inconvénients à Blandin ne procurerait aucun avantage à Virieu. Qu’il y a lieu de surseoir à l’exécution du rattachement de Blandin à Virieu.
Seize années plus tard, la commune de Blandin, sollicite la commune de Virieu en vu d’un rattachement des deux communes. Les raisons données paraissent valables et dignes d’être prises en considération ; en effet : La commune de Blandin doit entretenir à ses frais tous ses chemins, aucun ne pouvant être classé départemental. Elle entretien deux écoles où sont instruits environ 51 élèves, dont la moitié sont des habitants de Blandin le surplus venant en majeure partie de Châbons et le restant de Virieu. Les frais administratifs de la commune sont élevés pour le chiffre de la population et ne permettent aucun espoir d’amélioration pour l’avenir. Les ressources de la commune ne peuvent être augmentées que par une majoration des impôts, la situation de Blandin n’autorisant pas l’espoir d’implantation de commerce et d’industrie. La population tendant à diminuer et les charges ne cessant d’augmenter sans accroissement des ressources. Il apparaît que seul un rattachement de Blandin à la commune de Virieu, siège de diverse administration cantonale et de la majorité des fournisseurs des habitants de Blandin, est la seule solution raisonnable.
Après délibérations le conseil décide que le rattachement ne paraît pas constituer une opération trop onéreuse, pour Virieu, qu’elle peut au contraire constituer un précédent souhaitable dans beaucoup de campagnes, a l’intérêt même des administrés. Le conseil à l’unanimité décide de donner suite à la demande de la commune de Blandin.
Au cours de l’année 2010, l’Etat français, partant du constat que le territoire français, avec près de 36 000 communes, regroupe à lui seul 40% des communes de l’Europe des vingt-sept. Un émiettement qui se traduit par un nombre élevé de petites communes avec peu de moyen. L’Etat à rechercher des modalités de regroupement des communes, par la loi de « Réforme des Collectivités Territoriales » de décembre 2010. La création de « Communes Nouvelles » en est un exemple
Pour aller dans ce sens, le mardi 20 octobre 2015, les conseils municipaux de Blandin, Chassignieu, Panissage, et Virieu avaient à se prononcer pour ou contre une commune nouvelle au 1er janvier 2016. Seul les élus de Virieu ont voté pour la création d’une commune nouvelle à l’unanimité. Les autres ont voté contre. Et pourtant ces communes partagent un passé commun, elles appartiennent au même bassin de vie, sont membres de la même communauté de communes, ont des fiscalités très approchantes, collaborent dans les mêmes syndicats intercommunaux régissant le scolaire, l’eau, l’électricité, l’entretien des cours d’eau, etc. … et travaillent ensemble au niveau du SIVU des écoles depuis douze années. Il faut préparer l’avenir et anticiper les changements de demain. Il semble inéluctable, qu’il faudra pourtant que des communes s’unissent afin de renforcer la représentation de leurs territoires et de leurs habitants pour pouvoir peser de cette manière plus fort auprès de l’Etat, des collectivités locales etc.
Le jumelage des communes de Virieu et de Panissage. C’est oui !
Si dès 2015, les élus de Virieu avaient approuvé à la majorité le rapprochement de leur commune avec celle de Panissage, il n’en fut pas de même pour les édiles de cette dernière. Ce fut d’abord un non à ce projet de commune nouvelle. Le travail des deux maires pour sensibiliser leurs conseils respectifs aura été long. Après une ultime réunion publique en juin 2018, sous l’égide de Thomas Michaud, sous-préfet de La Tour-du-Pin, réunion présidée par Daniel Rabatel, maire de Panissage et Michel Morel maire de Virieu, il appartenait ensuite aux élus des deux communes de s’exprimer par un vote sur leurs volontés ou non de créer une commune nouvelle.
Deux villages partageant un passé commun, appartenant au même bassin de vie, membres de la même communauté de communes, ayant des fiscalités très approchantes, collaborant dans les mêmes syndicats intercommunaux régissant le scolaire, l’eau, l’électricité, l’entretien des cours d’eau, etc. … et travaillant ensemble au niveau du SIVU des écoles depuis douze années : rien ne les séparait, si ce n’est une rivière, « la Bourbre ». C’est pourquoi, en ce mois de juillet 2018, les deux conseils municipaux de Virieu et de Panissage ont décidé de préparer l’avenir et d’anticiper les changements de demain, en actant, par un vote favorable le projet de fusion des deux communes. Il semblait inéluctable, que ces communes s’unissent, afin de renforcer la représentation de leurs territoires et de leurs habitants et de pouvoir peser davantage auprès de l’État, des collectivités locales etc. Les économies d’échelles, qui seront réalisées sur les investissements, le fonctionnement et la mutualisation des moyens tant humains que techniques permettront à la commune nouvelle de développer les activités commerciales, industrielles et agricoles, de préserver l’environnement, de développer l’attractivité de l’ensemble du territoire par une offre de services et une politique de l’habitat ambitieux, de soutenir les activités associatives, de mettre en œuvre une politique d’investissements équitable sur le territoire des deux communes fondatrices.
Le processus de création de la commune nouvelle est désormais enclenché. Les Conseils municipaux doivent se réunir dans les prochaines semaines pour régler et valider les points suivants : la date de création, le nom de la commune nouvelle, la domiciliation de la nouvelle mairie ; mais aussi, pour désigner le maire et les membres du conseil municipal transitoire, qui assureront les actes d’administration conservatoire et urgente à compter de la création de la commune nouvelle, jusqu’à l’élection de son nouveau représentant. Ensuite, le conseil municipal demandera au préfet de l’Isère la création d’une commune nouvelle à compter du 1er janvier 2019, intégrant les communes de Virieu et Panissage.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
La saga des maires
Deux siècles de démocratie
La révolution
Au lendemain de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, le noble André Ravier, seigneur d’Herbelon, aidé par les habitants de Virieu, fit son possible pour éviter le saccage du château. Tous au plus certains terriers et documents d’une faible importance furent brûlés par une foule en liesse dans le pré de la « Partelle », actuellement propriété de « la maison de repos » située rue de la gare. C’est par cet acte de civisme, que débuta la saga des maires appelés à la destiné de notre village depuis un peu plus de deux siècles.
La période révolutionnaire
Le 20 février 1790, la première séance du premier conseil municipal se déroula dans la maison du citoyen André Ravier d’Herbelon (1790-1791), premier maire de Virieu, avec son conseil, composé de dix membres plus quatorze notables en l’église de Virieu une semaine plutôt. La maison du citoyen Ravier d’Herbelon, située place de la Halle, est une des plus anciennes demeures du bourg de Virieu. Les membres du conseil durent prêter le serment suivant « Nous jurons de maintenir de tout notre pouvoir la constitution du royaume, d’être fidèle à la nation, à la loi, et au Roi et de remplir avec zèle et courage les fonctions qui pourront nous être confiées ». Ses successeurs furent François Dombey (1790-1791) et Clément Guillaud (1791-1792), ce dernier, connut l’abolition de la royauté et la proclamation de la République, le 22 septembre 1792 (an 1 de la république), il dut prêter le serment suivant « Je jure d’être fidèle à la nation, de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir à mon poste ».
La première république
Pierre Vittoz (1792-1796), fut le premier maire de la « Première République ». Son mandat sous la « Convention » fut marqué par l’exécution du roi Louis XVI (le 21 janvier 1793) et par le début de la campagne d’Italie et l’entrée en vainqueur dans Milan d’un jeune et inconnu général corse, du nom de Napoléon Bonaparte. Sous le « Directoire » ce fut Joseph Cret-Duverger (1796-1800), qui, avec son conseil, prêta le serment prescrit par la loi du 24 nivôse dernier, « je jure haine à la royauté et à l’anarchie, je jure attachement et fidélité à la République et à la constitution de l’an 3eme ». Il entendit lui aussi parler de ce Napoléon bataillant aux pieds des pyramides (21 juillet 1798), dont la popularité gagnait toutes les provinces troublées de France. La fin du mandat de Joseph Cret-Duverger correspond à la fin de la révolution, qui a duré dix années (de 1789 à1799). Débute ensuite le « Consulat », par le coup d’état de Napoléon Bonaparte, se faisant nommé premier consul (10 novembre 1799).
Le premier empire
De 1800 à 1809, c’est Laurent François Magnin, qui fut nommé maire par le préfet, dont la charge venait d’être crée par Napoléon. Suivant la loi du 28 pluviôse de l’an 8 (17 février 1800), il prêta le serment suivant « Je jure fidélité à la constitution ». En 1804, le premier consul prend le titre d’Empereur Napoléon 1er. De 1809 à 1813, c’est Joseph Cret-Duverger qui fut nommé maire par le préfet en remplacement du maire démissionnaire. Il dut prêter serment à l’Empereur, tout comme son successeur François André Barbier (1813-1930), qui dut « Jurer obéissance aux constitutions de l’empire et fidélité à l’Empereur ».
La France, vaincue à Leipzig en 1813, fut rapidement envahie par les Autrichiens, (la vallée de la Bourbre, également).
Louis XVIII (frère de Louis XVI), remplaça l’Empereur, pour ce qui fut la première restauration. Napoléon, ayant dû abdiquer, fut exilé à l’île d’Elbe d’où il s’échappa en mars 1815. Après avoir rejoint Paris en passant par Laffrey et Grenoble, sous les acclamations des français, il reprit le pouvoir, pour une période, désignée sous le nom « des cent jours ». Les Anglais, Autrichiens, Prussiens et Russes déclarèrent aussitôt la guerre à la France : cette même année, Napoléon, battu à Waterloo (Belgique), fut envoyé prisonnier à l’île de sainte Hélène, où il y mourra.
La restauration de la royauté
Le 14 juin 1816, le conseil municipal dut (non sans une certaine mauvaise conscience d’avoir parjuré en acclamant le retour de l’Empereur au pouvoir trois mois plutôt), prêter une seconde fois serment au Roi Louis XVIII, qui avait été rétabli sur le trône, « Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roi, de n’entretenir aucune ligue qui soit contraire à son autorité, et si, dans le ressort de mes fonctions ou ailleurs j’apprends qu’il se trame quelque chose à son préjudice, je le ferais connaître au Roi ». Après cette prestation, le maire, tient à ses conseillers le discours suivant, « Messieurs ! Le serment que vous venez de prêter est celui de la fidélité au Roi, qu’elle est le bon français qui ne s’empresse de le prêter ? En effet le Roi n’est-il pas notre unique soutien, notre seule boussole, notre point de réunion. Sans lui, que serions nous tous devenus dans les temps de calamités qui viennent de désoler la France ? Nous aurions été à la discrétion des puissances étrangères, et la France aurait cessé d’être compté parmi les puissances du monde. Réunissons-nous donc à lui dans la bonne fois, que chacun de nous garde respectueusement le serment que nous lui avons prêté. Combien de larmes n’a t’elle pas fait répandre, le parjure à ce serment dans le courant de l’année 1815. Que cette triste expérience nous serve de leçon. Rappelons-nous que l’union fait la force, et qu’ainsi unis et fidèles au Roi, aucune puissance du monde ne peut nous attaquer ».
François André Barbier, connut ensuite avant la fin de son mandat, décidément riche en évènements, le règne de Charles X et de Louis Philippe 1er.
La monarchie de Juillet
Joseph Mollard, maire de 1830 à 1840, suivi de Camille Joseph André Barbier (1840-1848), jura lui aussi « fidélité au Roi des Français, obéissance à la chartre constitutionnelle et aux lois du royaume ». Ce dernier connut la fin de l’époque de la « Restauration de la monarchie ». La révolution de février 1848 entraînant la chute de Louis Philippe1er ,,dernier roi de France, le poète Lamartine proclama la république à la foule en liesse des Parisiens. Le conseil municipal et son maire prêtèrent un nouveau serment « déclarant donner leur adhésion plaine et entière à la forme nouvelle de gouvernement conquis si glorieusement par le Peuple ».
La seconde république
Le 18 mars 1848, la commission du gouvernement provisoire de la république pour le département de l’Isère, décréta la dissolution du conseil municipal de la commune de Virieu. Calixte Alphonse Crêt fut nommé maire et occupa ce poste jusqu’aux prochaines élections, à l’issue desquelles Etienne Mathieu (1848-1852) devint maire jusqu’à son décès. Joseph Mermet (1852-1860) prêta serment au gouvernement de Louis Napoléon Bonaparte (neveu de Napoléon 1er) « je jure obéissance à la constitution et fidélité au président ».
Le second empire
Mais en décembre 1852, Louis Napoléon devint empereur sous le nom de Napoléon III et le maire dut prêter ce nouveau serment « je jure obéissance à la constitution et fidélité à l’empereur ». Jean Baptiste Anselmier (1860-1871), fut contemporain de la déclaration de guerre à la Prusse en juillet 1870, suivie dès septembre par l’effondrement des troupes françaises et une nouvelle occupation de la France.
La troisième république
La guerre de 1870, la chute de l’Empire et l’avènement de la IIIème république entraînèrent à nouveau la dissolution de la municipalité. Une commission municipale de cinq membres fut désignée, présidée par François Tissot, qui dut gérer la commune en attendant la nomination d’un nouveau maire, qui fut Joseph Rossat, élu en mai 1871, démissionnaire en septembre de la même année.
Emile Magnin-Dufayet (1871-1878) et Auguste Gros, médecin, (de janvier à décembre 1878), lui succédèrent. Ensuite, Jean-Baptiste Bérier, négociant, fut maire jusqu’en 1892. Puis se succédèrent pendant cette période de la IIIème république Aimé Mathieu (1892-1896), Wilfrid, marquis de Virieu (1896-1905) , Joseph Millat (1905-1906), François Annequin (1906-1907), Louis Pélisson, négociant (1907-1910) et Jean Baptiste Garampon, boucher (1910-1919). Ce dernier eut la lourde tâche de gérer la commune durant la période de la première guerre mondiale : il avouera après la fin de la guerre que ce fut pour lui une épreuve insoutenable que d’aller annoncer personnellement aux familles la mort d’un de leur membre. Il dut s’acquitter de cette tâche 41 fois, sauf une, où il n’eut pas le courage de porter la triste nouvelle, confiant cette cruelle mission à son adjoint.
Après la première guerre mondiale, ce fut René Bréchignac, avocat, maire de 1919 à 1929. A partir de 1929, le maire sera secondé par un deuxième adjoint au lieu d’un seul précédemment.
L’état français
Daniel Cleyet, ancien directeur l’école publique de Virieu, prit la gestion de la commune sous une France occupée par les Allemands et administrée par « l’Etat Français », institué par le maréchal Philippe Pétain, vieillard de 88 ans ; sa devise de « Travail-Famille-Patrie » remplaça celle de « Liberté-Égalité-Fraternité ».
Le gouvernement provisoire et la quatrième république.
Le 17 septembre 1944, au lendemain de la libération de Virieu, le comité de Libération désigna un nouveau conseil municipal avec pour maire Célestin Folliet, ancien résistant actif de la vallée de la Bourbre. Il demeura maire jusqu’en 1957, date à laquelle il démissionna pour raison de santé. Il faut noter que, pour la première fois dans l’histoire de notre village, deux femmes, Suzanne Guttin et Marie Françoise de Virieu furent élues par le suffrage universel, pour intégrer l’administration communale. Il aura d’ailleurs fallut attendre le 29 avril 1945, pour que le droit de vote soit accordé aux femmes. C’est le général de Gaulle, alors président de la république, qui a permis ce formidable et grand pas en avant pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Bien plus tard, c’est lors des élections municipales de 1995, que fut élue la première femme maire dans le canton de Virieu. Et, c’est la plus petite commune du canton, Blandin qui donna l’exemple en élisant Germaine Comte, comme première femme maire.
La cinquième république
René Brutillot, notaire, fut premier magistrat de la commune de 1957à1977. Ce dernier détint le record de longévité à la tête de la mairie de notre commune, avec vingt années comme 1er magistrat et vingt six années au sein du conseil.
Quant au record de longévité au sein du conseil, il fut détenu par Louis Pélisson, négociant, élu à l’âge de 26 ans jusqu’en 1896, date de son décès, soit 38 années d’élu ; Louis Auguste Groz, médecin, qui quitta le conseil en 1874, comptait 34 années de loyaux services, alors que son fils Joseph Auguste, médecin, décéda au cours de sa 20eme année de présence au sein du conseil municipal.
Henri Jayet (1977-1986), instituteur, eut la lourde tâche de succéder à René Brutillot, qui avait profondément marqué de son empreinte le village en lui donnant un souffle nouveau. Henri Jayet, s’en sortit avec brio, mais le destin ne lui permit pas de terminer son mandat. Georges Reynaud (1986-1995), assureur, pourvut à l’intérim après son décès.
A noter qu’à partir de 1977, le conseil municipal compta quatre adjoints, et qu’en 1983 la loi fixa le nombre de membres du conseil municipal à 15 au lieu de 13 précédemment pour les communes de 500 à 1499 habitants.
En 1995, la destinée de la commune fut confiée à Georges Defrance, clerc de notaire, et enfin Miche Morel prit le relais et ce depuis trois mandats.
C’est durant cette dernière période que les deux communes de Virieu et Panissage ont fusionné pour n’en formé plus qu’une : Val de Virieu …
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.














