Famille BOIS
Le chef de famille Bois
Le chef de famille Bois, originaire de Six-Fours-les-Plages, était riveteur à l’arsenal de Toulon, durant la seconde guerre mondiale. Au plus fort des bombardements aériens de la côte varoise par l’aviation alliée, il suivra les recommandations de la Marine nationale, et enverra sa famille nombreuse se réfugier en Isère, à Virieu.
« Nous sommes partis de chez-nous, avec nos valises, comme des misérables en exodes, mais au moins nous nous n’avons pas été mitraillés comme les réfugies de juin 1940. … Quand nous sommes arrivés à Virieu en janvier 1944, raconte André Bois, l’un des enfants, j’avais douze ans et mon frère Jean-Claude avait trois mois. Nous sommes partis de Six-Fours-les-Plages avec notre mère Philomène et notre grand-mère maternelle plus ses sept enfants. Arrivés à Virieu nous avons put manger à notre faim et nous étions en sécurité. Notre père Joseph lui était resté à son travail à l’arsenal. Nous avons été pris en charge par Philippe Pinaud, « Délégué au Service Départemental des Réfugiés », ainsi que la famille Barthélemy de Six-Fours-les-Plages composée de sept personnes qui avaient voyagé avec nous. Nous serons hébergés dans les deux appartements des communs du château de la famille de Virieu.
Au début de notre séjour à Virieu, quand nous sommes arrivés, nous étions chaussés avec les espadrilles que notre père nous avait confectionné dans de vieux pneus en caoutchouc, à ce moment il y avait de la neige….. Ce n’est pas un bon souvenir. Ensuite, ce qui nous a été le plus dur a été d’aller chercher de la nourriture « aller au ravitaillement », ici, l’on ne nous connaissait pas. On allait jusqu’au village de Doissin, soit dix kilomètres à pied par des chemin de collines, sans compter le retour, c’était pour nos petites jambes d’enfants une petite épreuve en soit. L’on se présentait, nous étions dans l’ensemble assez bien accueilli, bien que certain étaient parfois réticents, mais l’on arrivait à acheter quelques œufs, un peu de fromage ou autres victuailles. Certaines personnes étaient très humaines, malgré les restrictions, ils nous faisaient parfois manger avec eux.
Le jardinier du château, Sylvain Keller, réfugié de Lorraine, a mis à la disposition de chacune des deux familles la base des deux petites tourelles, située à l’entrée de la cour d’honneur du château. Nous avons pu y élever des poules et des pigeons. Il nous a octroyé un morceau de terrain sur les terrasses devant le château dominant le village. Il nous a dit « c’est de la très bonne terre, ce n’est pas la peine de bêcher profondément, pour vos légumes vous verrez ce sera parfait » Bien plus tard après la fin de l’occupation de la région en août 1944 l’on a sut pourquoi : il ne fallait pas que l’on bêche trop profond, car des armements y avait été enterrées dans le plus grand secret.
Moi je suis allez à l’école publique près de la halle de Virieu, mais je n’étais pas un bon élément, aussi je n’ai pas pu rester à l’école et ma mère m’a mis en ferme chez Louis Guttin au hameau de Layat. Je gardais aussi les vaches dans la famille Vittoz, je rentrais le soir chez ma mère au château. Mon frère aîné Ludovic a été placé chez Joseph Guttin.
Je me souviens d’un jour ou la Gestapo est venu au château de Virieu, il y avait une camionnette, une traction, trois ou quatre véhicules. Certain étaient habillé en uniformes allemand, Ils ont fermé le portail d’accès de la cour et nous on interdit de sortir. Ils sont entrés dans le château, je ne sais pas ce qu’ils y ont fait. Un des enfants de la famille Barthélemy, et passé par le ravin est s’est rendu au village pour avertir les gendarmes, ceux-ci ne sont venus qu’en fin d’après-midi.
Vers le 28 aout 1944, à notre réveil, le pré au dessus du château était plein de militaires. Bien entendu, nous les enfants on est allez les voir tout de suite. L’on a discuté avec des soldats français qui avaient débarqué en Provence, quand nous leur avons dit d’où nous étions ils nous ont dit, « Eh, bien nous avons libéré votre ville ». Ils sont restés deux ou trois jours, puis sont repartis faire la guerre. Plus tard, alors que le département de l’Isère eu été libéré, c’était un jour de l’automne 1944, nous allions chercher du lait à la ferme des Rivière à quelque centaine de mètres du château. Nous étions accompagnés de Madame de Virieu et de son fils François-Henri. Nous, à l’école dans le midi, l’on nous avait appris à chanter la chanson « Maréchal nous voile », et alors nous avons chanté la chanson du Maréchal, Madame de Virieu, nous entends et nous dit « Il ne faut pas chanter ceci les enfants, il faut chanter la marseillaise ! ». Nous ne savions pas pourquoi, c’était des affaires de grandes personnes, que nous ne pouvions pas encore comprendre.
Nous sommes rentrés dans notre village de Six-Fours-les-Plages, au milieu de l’année 1945. Mais depuis, chaque fois que je pense au petit village de Virieu et à ses habitants, j’ai un pincement au cœur ».
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.