Goitre et du crétinisme 

Si, dans le département de l’Isère, composé des arrondissements de Grenoble, de Saint-Marcellin, de la-Tour-du-Pin et de Vienne, on trouve de goitreux répandus sur toute la surface du département, il n’en est pas de même pour les crétins, que l’on ne rencontre pas de partout. Il n’y a que les arrondissements de Grenoble et de Saint-Marcellin où il en existe. Ainsi, dans celui de Grenoble, contenant 203 446 habitants, on compte 15 858 goitreux et , 1 101 crétins ; et dans celui de Saint-Marcellin, dont la population est de 82 292 habitants, on ne compte que 2 343 goitreux et 38 crétins seulement ; encore ne les trouvent on que dans les gorges des montagnes de Pont-en-Royans, disséminés dans de pauvres villages dont les habitations chétives, privées de l’action bienfaisante du soleil pendant la plus grande partie de l’année, sont plongez constamment dans un atmosphère saturé d’humidité, et dont  les habitants passent les longs jours de l’hiver dans l’inactivité la plus complète, renfermé avec leurs animaux dans les étables malsaines, y respirant un air méphitique,  et n’ayant qu’une alimentation insuffisante et le plus souvent de mauvaise nature.

Dans les arrondissements de la Tour-du-Pin, de Vienne, on te trouve, dans le premier, 303 goitreux, et dans le second, on n’en compte que 296. C’est deux arrondissements, dont le sol est composé de plaines riches et bien cultivées, entrecoupées de collines peu élevées, de vallons peu profonds, sembleraient devoir être exempts de ses infirmités. Dans ces localités, les goitreux qu’on y remarque se trouvent dans les villages situés dans la vallée de la Bourbre, dont les eaux marécageuses parcourent les cantons humides de Virieu, où l’on compte 146 goitreux ; De La Tour du Pin, où il y en a 148, ceux de Bourgoin, il s’en trouve 38, de La Verpillière, où la statistique on constate 18, etc. Cette longue vallée, riche en tourbières et marais, est décimée chaque année par des fièvres intermittentes.

La scrofule et le rachitisme y sont fréquents. Les brouillards y règnent pendant la plus grande partie de l’année. Il est évident que plusieurs des causes assignées au développement du goître s’y trouvent réunies.

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Sources : « Traité du goitre et du crétinisme » par B. Nièpce. 1852