Itinéraire d'un imposteur

Itinéraire d’un imposteur

Né à en Italie en 1834, Michel Franzini s’engage à 17 ans dans l’armée napolitaine, qu’il quitte 5 ans plus-tard pour immigrer en France et s’engager dans la Légion étrangère. Il en sortira deux ans et demi plus tard comme simple caporal. En 1859, on le retrouve percepteur de 5ème classe à Champs (Cantal), puis de 1862 à 1864, fonctionnaire de 4ème classe à Virieu. Sa nomination comme percepteur fut non seulement faite en violation de la loi qui exigeait de tous les fonctionnaires la nationalité française, mais elle fut cautionnée au plus haut niveau par le gouvernement.

La manière dont il gérait sa fonction aurait dû le faire révoquer de nombreuses fois. Malgré les plaintes de ses supérieurs et celles des contribuables, il obtint un avancement rapide. Il fut nommé en 1864 percepteur de 3ème classe à Fruges (Pas-de-Calais). Là, il essaya au moyen de documents trafiqués de se faire livrer une somme importante par le receveur de son arrondissement. Celui-ci constata la fraude et signala le fait, mais ce fut lui qui fut mis à la retraite d’office et Franzini fut envoyé dans l’Yonne en 1868, avec avancement. En 1870, au moment de l’invasion allemande, il quitta son poste en emportant la caisse et en falsifiant ses livres de perception. Durant le conflit, il se fit nommer capitaine des tirailleurs de l’Yonne et peu de temps après, et par arrêté ministériel en novembre 1870, commandant supérieur des mobilisés de la Haute-Savoie. Appelé avec ses troupes à la défense de Dijon le 21 janvier 1871, il refusa de combattre, sous le prétexte que ses troupes étaient mal armées. Il fut révoqué de ses fonctions le 31 du même mois.

Puis il se rendit à Bordeaux, où il continua ses intrigues, Le commandant de la place, ancien adjudant-major de la Légion étrangère, reconnut son ancien caporal portant l’uniforme de général de brigade. Il le fit arrêter et incarcérer. Il fut remis en liberté, après avoir reconnu les faits et juré qu’il ne porterait plus l’uniforme. Il se rendit à Paris, où la Commune venait d’être établie. Il essaya de se faire confier un commandement militaire et joua un double jeu pendant toute la durée de l’insurrection, profitant des émeutes. C’est alors que, venant d’être arrêté comme espion, il réussit à s’échapper à la faveur d’un tir d’artillerie. Il poursuivit ses intrigues, mais craignant d’être rattrapé par la justice, il émigra en Angleterre, puis au Brésil, où il obtint du gouvernement brésilien la concession d’un territoire, où il tenta d’obtenir un contrat pour l’immigration des Européens au Brésil. Cependant le gouvernement brésilien prit des informations auprès de la France et la concession fut annulée.

Pendant ce temps, il était l’objet d’une instruction judiciaire en France, pour sa gestion de percepteur : on releva contre lui 73 abus de confiance, 21 faux en écriture publique et le détournement des fonds contenus dans la caisse au moment de sa fuite. Le 21 juin 1872, la cour d’assise de l’Yonne le condamna par contumace à 8 ans de réclusion et à 100 francs d’amende. Arrêté à Londres, où il était revenu, il fut extradé et remis aux autorités françaises. Il comparut en août 1874 devant la Cour d’assise et condamné à 5 ans de prison et à 550 francs d’amende. Finalement il sera expulsé et reconduit à la frontière italienne.

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Sources : Bibliothèque nationale de France, Paris – C-DUVAL « Mémoires et documents, Société savoisienne d’histoire – 1893 »