Itinéraire d'un médecin militaire

Au sein du cimetière de Virieu, une imposante tombe ornée d’un caducée de médecine attire le regard. Malgré les outrages du temps, les inscriptions gravées dans la pierre livrent quelques renseignements sur son occupant.

D’un père charpentier et d’une mère ravaudeuse (qui reprisait les vêtements), François Annequin naquit à Virieu le 10 février 1843. Lors de sa déclaration de naissance auprès du maire de Virieu, André Barbier, il aura pour témoins Victor Charvet, maçon, et Pierre Gaget, peigneur de chanvre … qui, illettrés, ne purent signer le registre d’état-civil.  Malgré ses origines modestes, François connaitra un parcours exceptionnel. Bien qu’il ne fût guère possible de suivre pas à pas tous les épisodes de son existence, la consultation des archives a cependant permis d’en apprendre plus sur cet homme au destin atypique.

Le 8 novembre 1862, François Annequin entre à 19 ans au sein de l’Armée, comme élève-médecin à Strasbourg. Il suit ensuite une période de stage comme aide-médecin de 2ème classe au sein de l’Hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce. Plus tard, il est affecté en Algérie, d’où il sera rappelé en France en mars 1870, quelques mois avant la déclaration de guerre de la France à la Prusse en juillet de la même année. Il participe alors à la célèbre et désastreuse bataille de Reichshoffen, avec le 7ème Cuirassiers. Ces combats se sont déroulés en Alsace au début de la Guerre franco-allemande. Ils sont restés célèbres par une série de charges de cuirassiers (cavalerie lourde français). Le nombre de morts ou de blessés s’éleva à 11 000 du côté français et à 10 000 du côté allemand en une seule journée, celle du 6 août 1870.

Au fil de ce conflit, qui durera 6 mois, il participe aux batailles de La Dou et d’Orléans, de Villersexel et du Fort de Joux avec le 5ème Dragon de marche. Cette guerre s’acheva fin janvier 1871, sur la défaite des armées françaises contre les prussiens. François Annequin retournera guerroyer en Afrique de 1880 à 1884. 

De retour en France, on le retrouve comme chirurgien aux hôpitaux militaires de Grenoble, de Lyon … Directeur du service de Santé du 7ème Corps d’Armée, Médecin Principal Militaire de l’hôpital de Desgenettes à Lyon, Médecin principal de 1ère classe et Directeur du service de santé au 5ème corps d’armée à Orléans en 1890. Il sera cité de très nombreuses fois sur les bulletins officiels de la République pour ses communications scientifiques suite à ses recherches et travaux. Certaines font toujours référence. Il terminera sa carrière militaire comme Médecin Inspecteur de l’Armée.

Il fut nommé Chevalier de la Légion d’honneur le 7 juillet 1884, Officier de la Légion d’honneur le 29 décembre 1898 et Commandeur de la Légion d’honneur. Cette dernière décoration lui sera remise personnellement par le président de la République Émile Loubet, le 14 juillet 1905 à Paris. Il a également été décoré Officier de l’Ordre Royal du Cambodge en 1887

Il prend sa retrait après 42 années passées sous les drapeaux et se retire à Virieu, où il en deviendra le maire pour une brève période, du 7 octobre 1906 jusqu’à son décès le 13 mars 1907.

 

©Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.