Juste parmi les Nations

Juste parmi les Nations 

Le Marquis et la Marquise de Virieu, reconnus « Justes parmi les Nations » à titre posthume le dimanche 17 juillet 2016 au sein du château de Virieu en présence des familles Schanzer et Ein qui avaient été cachées au château.

« Sans votre famille, je ne pourrais pas vous écrire cette lettre aujourd’hui … » c’est par cet émouvant préambule, qu’un survivant des persécutions anti-juives a pris contact soixante-dix plus tard, depuis les Etats-Unis avec ses sauveurs viriaquois. C’est par cette missive adressée en juin 2014 à la famille de Virieu (Isère), qu’un des survivants de l’holocauste polonais vient de rendre hommage à ses sauveteurs. Les deux chefs de famille ayant été déportés dans les camps de la mort d’où ils ne reviendront pas, ce sera une longue errance qui conduira les deux mères survivantes et leurs enfants jusqu’à Virieu. Dans le plus grand secret ces familles juives seront recueillies et cachées au sein du château de Virieu, par Monsieur le marquis Xavier et Marie-Françoise de Virieu, de 1942 à 1943.

Dans le milieu de l’année 1943, la famille de Virieu et des membres de la Résistance locale furent dénoncés à la Gestapo. Les Virieu durent quitter précipitamment le château pour se réfugier, sous un nom d’emprunt, à Chichilliane et continuer leurs actions de résistants dans la clandestinité. Les familles juives, elles aussi, durent fuir le château en tout hâte et trouver un nouveau refuge avec l’aide des sœurs de N.D de Sion de Lyon.

C’est donc soixante-quatorze années plus tard, qu’un survivant contactera les descendants des sauveteurs de sa fratrie et qu’il entreprendra les démarches pour faire reconnaître ses bienfaiteurs : ceux-ci viennent d’être élevés au rang de « Justes parmi les Nations ». Les noms de Xavier et Marie-Françoise de Virieu sont désormais gravés sur le Mur d’Honneur du Jardin des Justes de Yad Vashem à Jérusalem, pour avoir caché, au péril de leurs vies, deux familles juives polonaises.

Juste parmi les Nations 

Le 19 août 1953, est créé, à Jérusalem, l’Institut Commémoratif des Martyrs et des Héros de la Shoah – YAD VASHEM. En 1963, une Commission présidée par un juge de la Cour Suprême de l’Etat d’Israël est alors chargée d’attribuer le titre de « Juste parmi les Nations », la plus haute distinction civile décernée par l’Etat hébreu, à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l’occupant nazi. Les personnes ainsi distinguées doivent avoir procuré, au risque conscient de leur vie, de celle de leurs proches, et sans demande de contrepartie, une aide véritable à une ou plusieurs personnes juives en situation de danger.

Au cours d’une cérémonie officielle, le représentant de l’Ambassade d’Israël remet aux « Justes parmi les Nations » ou à leurs ayants-droits, une médaille gravée à leur nom ainsi qu’un diplôme d’honneur. Leurs noms sont inscrits sur le mur d’honneur du Jardin des « Justes parmi les Nations » de Yad Vashem, à Jérusalem. Les noms des Justes parmi les Nations de France sont également inscrits à Paris, dans l’Allée des Justes, près du Mémorial de la Shoah, rue Geoffroy l’Asnier.

Il y avait environ 320.000 juifs en France en 1940. 76.000 ont été déportés, 2551 seulement sont revenus, et parmi ces derniers aucun enfant. En France, les 3328 Justes reconnus et aussi tous les Justes méconnus de « l’armée des ombres » qui ont sauvé des juifs au péril de leur vie, représentent un symbole essentiel, une lumière dans le cauchemar. Ils ont eux aussi sauvé l’honneur de la France. (Sources : Comité Français pour Yad Vashem)

Au château de Virieu le 17 juillet 2016, un moment rare et émouvant à l’occasion de la reconnaissance au titre de « Justes parmi les Nations » à Marie-Françoise et Xavier de Virieu par le Comité Yad Vashem.  Ils sont venus spécialement des États Unis dans les pas de leurs parents qui avaient trouvé refuge en 1942 au château de Virieu (Isère), pour fuir les persécutions nazies. Venus surtout pour honorer à titre posthume leurs sauveurs en remettant la médaille et le diplôme de « Justes parmi les Nations » aux descendants de Marie-Françoise et Xavier de Virieu.

Le dimanche 17 juillet 2016, l’émotion était grande pour la vingtaine de membres des familles Schanzer et Ein, qui se retrouvaient aux cotés des frères jumeaux Bernard et Henry Schanzer, de retour château de Virieu 74 années plus tard. Les mots écrits par le romancier Pierre Loti « Les lieux, où nous n’avons ni aimé, ni souffert ne laissent pas de trace dans notre souvenir » semblent avoir été écris pour eux deux. Une émotion partagée par un grand nombre d’habitants de Virieu et de la région, au moment où les représentants de l’Ambassade d’Israël et de Yad Vashem remettaient la médaille à Isabelle, Antoine et Wilfrid, les enfants de Marie-Françoise et Xavier de Virieu.  Ainsi, pour avoir caché, au péril de leurs vies, deux familles juives polonaises, les noms de Marie-Françoise et Xavier de Virieu sont désormais gravés sur le Mur d’Honneur du Jardin des Justes de Yad Vashem à Jérusalem, ainsi que dans l’Allée des Justes à Paris.

Que de fraternité partagée par tous, au-delà la barrière de la religion et de la langue, au moment des hymnes nationaux israélien et français, sous les bannières des deux pays flottant au vent dans la cour d’honneur du château.

 

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.