La fabrique de faisselles

L’inventeur des faisselles jetables

Il est des bâtiments qui gardent en eux les marques et les bruits des activités qui ont jalonné  leur existence. Un tintement de cloche, des enfants en rangs entrent en classes sous le regard bienveillant des religieuses de la congrégation des sœurs de la Providence.

Nous sommes dans les années 1880 dans la cour de l’école communale primaire de filles… Mais, les rires des écolières, laisseront place aux bruits des sabots et aux hennissements des chevaux. La laïcisation de l’enseignement et la loi de la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1903, contraindront les religieuses à cesser leur enseignement. Etrange destin pour un couvent, que celui d’être reconverti en station d’étalons destiné aux juments poulinières du canton…De nouveaux bruits raisonneront dans la bâtisse, de 1912 à 1950. C’est un peuple laborieux qui s’afféré, coupe, tranche et assemble le cuir et le bois, pour en confectionner les galoches. Ces chaussures à semelles de bois, feront la renommer de la vallée de la Bourbre, en la désignant comme la « capitale de la galoche ». L’ancienne bâtisse laissée vacante depuis la fermeture de la galocherie dans les années 1950, à encore fière allure. Mais en ce début d’année 1958, c’est un atelier silencieux et vide, que parcourent Paul Grillet, notaire à Annecy et Paul Brun, ingénieur tous deux associés pour qui ce qui sera le début d’une formidable aventure. Bien sur son nouveau propriétaire semble un peu farfelu. D’abord c’est un « étranger », il vient d’Annecy, mais en plus il veut fabriquer des pots de yaourt en plastique.

Non, « jamais au grand jamais » on ne mangera des yaourts conditionnés dans du plastique. Les pots en carton paraffiné ou en verre sont bien pratiques et surtout ils sont  « naturels ». La nouvelle société, fabriquera quand même ces pots en plastique, pour yaourt et crème, que la rumeur donnait pour cancérigène. Pas moins d’une cinquantaine de personnes  s’activent  sur les quai injectent sans interruption les granulés de « polypropylène » chauffés.

Mais en 1973, de graves problèmes financiers viennent jeter une ombre sur l’avenir de la société. C’est à Vizille, qu’il est fait appel à un ingénieur possédant une solide expérience de l’injection des plastiques. Claude Oddoux, c’est l’homme qui aura la lourde tâche de redresser  l’entreprise. Celui-ci, en prospectant une laiterie, note, toute l’attention qui est apporté à la fabrication des fromages frais jusqu’à leur conditionnement en faisselles individuelles. Le soir même le hasard veut qu’il se rende chez sa crémière, et en attendant son tour il observe les gestes de la commerçante. Celle-ci démoule les fromages frais depuis leur faisselle dans le récipient apporté par sa cliente. 

« Quel non sens ! Tant de précaution pour livrer ces fromages en bon état, et les vendre en vrac ». La nuit portant conseil, c’est le lendemain même qu’il retourne chez le fabricant de fromage ; celui-ci lui confirme que les faisselles sont consignées et qu’elles lui sont retournées pour être réutilisées après lavage…Claude Oddoux lui demande, « si je vous fabrique des « faisselles perdues », quel prix accepteriez vous de les payer ? ». Après un rapide calcul son interlocuteur lui répond « douze centimes pièce! ». Quelques semaines plus tard, les moules sont fabriqués et les premières livraisons suivent. Les brevets sont déposés, le succès est immédiat. Les fromagers de la région puis ceux des départements limitrophes adoptent ce nouveau concept de conditionnement jetable, qui avait tant défrayé la chronique. De nos jours, l’entreprise PLEX, se trouve être leadeur sur le marché français.

 

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.