La saga des maires
Deux siècles de démocratie
La révolution
Au lendemain de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, le noble André Ravier, seigneur d’Herbelon, aidé par les habitants de Virieu, fit son possible pour éviter le saccage du château. Tous au plus certains terriers et documents d’une faible importance furent brûlés par une foule en liesse dans le pré de la « Partelle », actuellement propriété de « la maison de repos » située rue de la gare. C’est par cet acte de civisme, que débuta la saga des maires appelés à la destiné de notre village depuis un peu plus de deux siècles.
La période révolutionnaire
Le 20 février 1790, la première séance du premier conseil municipal se déroula dans la maison du citoyen André Ravier d’Herbelon (1790-1791), premier maire de Virieu, avec son conseil, composé de dix membres plus quatorze notables en l’église de Virieu une semaine plutôt. La maison du citoyen Ravier d’Herbelon, située place de la Halle, est une des plus anciennes demeures du bourg de Virieu. Les membres du conseil durent prêter le serment suivant « Nous jurons de maintenir de tout notre pouvoir la constitution du royaume, d’être fidèle à la nation, à la loi, et au Roi et de remplir avec zèle et courage les fonctions qui pourront nous être confiées ». Ses successeurs furent François Dombey (1790-1791) et Clément Guillaud (1791-1792), ce dernier, connut l’abolition de la royauté et la proclamation de la République, le 22 septembre 1792 (an 1 de la république), il dut prêter le serment suivant « Je jure d’être fidèle à la nation, de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir à mon poste ».
La première république
Pierre Vittoz (1792-1796), fut le premier maire de la « Première République ». Son mandat sous la « Convention » fut marqué par l’exécution du roi Louis XVI (le 21 janvier 1793) et par le début de la campagne d’Italie et l’entrée en vainqueur dans Milan d’un jeune et inconnu général corse, du nom de Napoléon Bonaparte. Sous le « Directoire » ce fut Joseph Cret-Duverger (1796-1800), qui, avec son conseil, prêta le serment prescrit par la loi du 24 nivôse dernier, « je jure haine à la royauté et à l’anarchie, je jure attachement et fidélité à la République et à la constitution de l’an 3eme ». Il entendit lui aussi parler de ce Napoléon bataillant aux pieds des pyramides (21 juillet 1798), dont la popularité gagnait toutes les provinces troublées de France. La fin du mandat de Joseph Cret-Duverger correspond à la fin de la révolution, qui a duré dix années (de 1789 à1799). Débute ensuite le « Consulat », par le coup d’état de Napoléon Bonaparte, se faisant nommé premier consul (10 novembre 1799).
Le premier empire
De 1800 à 1809, c’est Laurent François Magnin, qui fut nommé maire par le préfet, dont la charge venait d’être crée par Napoléon. Suivant la loi du 28 pluviôse de l’an 8 (17 février 1800), il prêta le serment suivant « Je jure fidélité à la constitution ». En 1804, le premier consul prend le titre d’Empereur Napoléon 1er. De 1809 à 1813, c’est Joseph Cret-Duverger qui fut nommé maire par le préfet en remplacement du maire démissionnaire. Il dut prêter serment à l’Empereur, tout comme son successeur François André Barbier (1813-1930), qui dut « Jurer obéissance aux constitutions de l’empire et fidélité à l’Empereur ».
La France, vaincue à Leipzig en 1813, fut rapidement envahie par les Autrichiens, (la vallée de la Bourbre, également).
Louis XVIII (frère de Louis XVI), remplaça l’Empereur, pour ce qui fut la première restauration. Napoléon, ayant dû abdiquer, fut exilé à l’île d’Elbe d’où il s’échappa en mars 1815. Après avoir rejoint Paris en passant par Laffrey et Grenoble, sous les acclamations des français, il reprit le pouvoir, pour une période, désignée sous le nom « des cent jours ». Les Anglais, Autrichiens, Prussiens et Russes déclarèrent aussitôt la guerre à la France : cette même année, Napoléon, battu à Waterloo (Belgique), fut envoyé prisonnier à l’île de sainte Hélène, où il y mourra.
La restauration de la royauté
Le 14 juin 1816, le conseil municipal dut (non sans une certaine mauvaise conscience d’avoir parjuré en acclamant le retour de l’Empereur au pouvoir trois mois plutôt), prêter une seconde fois serment au Roi Louis XVIII, qui avait été rétabli sur le trône, « Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roi, de n’entretenir aucune ligue qui soit contraire à son autorité, et si, dans le ressort de mes fonctions ou ailleurs j’apprends qu’il se trame quelque chose à son préjudice, je le ferais connaître au Roi ». Après cette prestation, le maire, tient à ses conseillers le discours suivant, « Messieurs ! Le serment que vous venez de prêter est celui de la fidélité au Roi, qu’elle est le bon français qui ne s’empresse de le prêter ? En effet le Roi n’est-il pas notre unique soutien, notre seule boussole, notre point de réunion. Sans lui, que serions nous tous devenus dans les temps de calamités qui viennent de désoler la France ? Nous aurions été à la discrétion des puissances étrangères, et la France aurait cessé d’être compté parmi les puissances du monde. Réunissons-nous donc à lui dans la bonne fois, que chacun de nous garde respectueusement le serment que nous lui avons prêté. Combien de larmes n’a t’elle pas fait répandre, le parjure à ce serment dans le courant de l’année 1815. Que cette triste expérience nous serve de leçon. Rappelons-nous que l’union fait la force, et qu’ainsi unis et fidèles au Roi, aucune puissance du monde ne peut nous attaquer ».
François André Barbier, connut ensuite avant la fin de son mandat, décidément riche en évènements, le règne de Charles X et de Louis Philippe 1er.
La monarchie de Juillet
Joseph Mollard, maire de 1830 à 1840, suivi de Camille Joseph André Barbier (1840-1848), jura lui aussi « fidélité au Roi des Français, obéissance à la chartre constitutionnelle et aux lois du royaume ». Ce dernier connut la fin de l’époque de la « Restauration de la monarchie ». La révolution de février 1848 entraînant la chute de Louis Philippe1er ,,dernier roi de France, le poète Lamartine proclama la république à la foule en liesse des Parisiens. Le conseil municipal et son maire prêtèrent un nouveau serment « déclarant donner leur adhésion plaine et entière à la forme nouvelle de gouvernement conquis si glorieusement par le Peuple ».
La seconde république
Le 18 mars 1848, la commission du gouvernement provisoire de la république pour le département de l’Isère, décréta la dissolution du conseil municipal de la commune de Virieu. Calixte Alphonse Crêt fut nommé maire et occupa ce poste jusqu’aux prochaines élections, à l’issue desquelles Etienne Mathieu (1848-1852) devint maire jusqu’à son décès. Joseph Mermet (1852-1860) prêta serment au gouvernement de Louis Napoléon Bonaparte (neveu de Napoléon 1er) « je jure obéissance à la constitution et fidélité au président ».
Le second empire
Mais en décembre 1852, Louis Napoléon devint empereur sous le nom de Napoléon III et le maire dut prêter ce nouveau serment « je jure obéissance à la constitution et fidélité à l’empereur ». Jean Baptiste Anselmier (1860-1871), fut contemporain de la déclaration de guerre à la Prusse en juillet 1870, suivie dès septembre par l’effondrement des troupes françaises et une nouvelle occupation de la France.
La troisième république
La guerre de 1870, la chute de l’Empire et l’avènement de la IIIème république entraînèrent à nouveau la dissolution de la municipalité. Une commission municipale de cinq membres fut désignée, présidée par François Tissot, qui dut gérer la commune en attendant la nomination d’un nouveau maire, qui fut Joseph Rossat, élu en mai 1871, démissionnaire en septembre de la même année.
Emile Magnin-Dufayet (1871-1878) et Auguste Gros, médecin, (de janvier à décembre 1878), lui succédèrent. Ensuite, Jean-Baptiste Bérier, négociant, fut maire jusqu’en 1892. Puis se succédèrent pendant cette période de la IIIème république Aimé Mathieu (1892-1896), Wilfrid, marquis de Virieu (1896-1905) , Joseph Millat (1905-1906), François Annequin (1906-1907), Louis Pélisson, négociant (1907-1910) et Jean Baptiste Garampon, boucher (1910-1919). Ce dernier eut la lourde tâche de gérer la commune durant la période de la première guerre mondiale : il avouera après la fin de la guerre que ce fut pour lui une épreuve insoutenable que d’aller annoncer personnellement aux familles la mort d’un de leur membre. Il dut s’acquitter de cette tâche 41 fois, sauf une, où il n’eut pas le courage de porter la triste nouvelle, confiant cette cruelle mission à son adjoint.
Après la première guerre mondiale, ce fut René Bréchignac, avocat, maire de 1919 à 1929. A partir de 1929, le maire sera secondé par un deuxième adjoint au lieu d’un seul précédemment.
L’état français
Daniel Cleyet, ancien directeur l’école publique de Virieu, prit la gestion de la commune sous une France occupée par les Allemands et administrée par « l’Etat Français », institué par le maréchal Philippe Pétain, vieillard de 88 ans ; sa devise de « Travail-Famille-Patrie » remplaça celle de « Liberté-Égalité-Fraternité ».
Le gouvernement provisoire et la quatrième république.
Le 17 septembre 1944, au lendemain de la libération de Virieu, le comité de Libération désigna un nouveau conseil municipal avec pour maire Célestin Folliet, ancien résistant actif de la vallée de la Bourbre. Il demeura maire jusqu’en 1957, date à laquelle il démissionna pour raison de santé. Il faut noter que, pour la première fois dans l’histoire de notre village, deux femmes, Suzanne Guttin et Marie Françoise de Virieu furent élues par le suffrage universel, pour intégrer l’administration communale. Il aura d’ailleurs fallut attendre le 29 avril 1945, pour que le droit de vote soit accordé aux femmes. C’est le général de Gaulle, alors président de la république, qui a permis ce formidable et grand pas en avant pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Bien plus tard, c’est lors des élections municipales de 1995, que fut élue la première femme maire dans le canton de Virieu. Et, c’est la plus petite commune du canton, Blandin qui donna l’exemple en élisant Germaine Comte, comme première femme maire.
La cinquième république
René Brutillot, notaire, fut premier magistrat de la commune de 1957à1977. Ce dernier détint le record de longévité à la tête de la mairie de notre commune, avec vingt années comme 1er magistrat et vingt six années au sein du conseil.
Quant au record de longévité au sein du conseil, il fut détenu par Louis Pélisson, négociant, élu à l’âge de 26 ans jusqu’en 1896, date de son décès, soit 38 années d’élu ; Louis Auguste Groz, médecin, qui quitta le conseil en 1874, comptait 34 années de loyaux services, alors que son fils Joseph Auguste, médecin, décéda au cours de sa 20eme année de présence au sein du conseil municipal.
Henri Jayet (1977-1986), instituteur, eut la lourde tâche de succéder à René Brutillot, qui avait profondément marqué de son empreinte le village en lui donnant un souffle nouveau. Henri Jayet, s’en sortit avec brio, mais le destin ne lui permit pas de terminer son mandat. Georges Reynaud (1986-1995), assureur, pourvut à l’intérim après son décès.
A noter qu’à partir de 1977, le conseil municipal compta quatre adjoints, et qu’en 1983 la loi fixa le nombre de membres du conseil municipal à 15 au lieu de 13 précédemment pour les communes de 500 à 1499 habitants.
En 1995, la destinée de la commune fut confiée à Georges Defrance, clerc de notaire, et enfin Miche Morel prit le relais et ce depuis trois mandats.
C’est durant cette dernière période que les deux communes de Virieu et Panissage ont fusionné pour n’en formé plus qu’une : Val de Virieu …
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.