La scierie

La roue à augets

Spectacle étrange qu’une roue à « augets » aux cotés d’une cheminée sur le flanc d’un coteau à la sortie du village de Virieu. Il faut remonter le temps pour en connaître l‘explication. C’est probablement dans les années 1880 que Pierre Rabatel, né à Panissage, créa la scierie Rabatel aux abords du ruisseau de « Vaugelas ». L’installation comportait, outre une scie à grumes pour obtenir des plateaux, planches, poutres et bastaings destinés à la construction locale, un pressoir à huile pour transformer les noix récoltées dans la vallée. La scierie avait aussi une autre activité importante ; la fabrication des « galochons », ces ébauches de bois destinées à obtenir les semelles des galoches. Les galoches étaient ces chaussures à semelles de bois utilisées par des générations et des générations d’habitants de la vallée de la Bourbre comme beaucoup de français, jusque dans les années 1950.

La puissance nécessaire à l’entraînement des mécanismes provenait essentiellement de l’énergie hydraulique. C’est la force obtenue par le poids de l’eau emplissant par gravité les cinquante « augets » de la roue qui entraînait l’arbre de transmissions permettant de mouvoir les différentes machines. L’eau était collectée depuis le ruisseau de « Vaugelas ». Celui-ci prend naissance à une altitude de 570 mètres, sur le plateau de  » Layât » dominant le bourg et descend rapidement dans une gorge très resserrée et boisée autrefois en vignobles coté midi, en s’adjoignant sur sa gauche le ruisseau du « May » provenant du coteau adossé au château. Pour palier aux pénuries d’eau durant les périodes plus sèches – en été principalement – il fut adjoint une machine à vapeur dont l’énergie permettait alors d’entraîner les machines. Les déchets de sciage en étaient le combustible.  Une grande cheminée fut alors construite et elle remplit pleinement son rôle jusque dans les années 1960, date à laquelle la scierie cessa son activité. Seuls en subsistent aujourd’hui les vestiges de la roue à augets, de la pierre circulaire du pressoir à huile et la vieille cheminée.

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.