La vieille chapelle

Il est un édifice qui interpelle les visiteurs du village de Virieu, et qui les laisse dans l’expectative d’une réponse lorsqu’ils interrogent les Viriaquois sur l’origine d’un porche dominant le village.

Un siècle après la Révolution, la France connaîtra une période de grande ferveur religieuse. En avril 1893, une certaine Madame Abel, propriétaire d’un coteau dominant le village de Virieu décide avec le curé Emile Perra d’y faire élever une chapelle. C’est en mars 1895, que l’entrepreneur de maçonnerie de Virieu, Commandeur sollicitera auprès de la Sous-préfecture l’autorisation de faire les travaux de cet édifice et dans le courant de l’été la chapelle sera édifiée. L’autorisation d’ouvrir un lieu de culte sera accordée par un courrier du Ministre des cultes les vingt septembres de la même année : « Sera accordée à Madame Abel l’autorisation d’ouvrir à Virieu une chapelle dans laquelle la messe pourrait être dite d’une manière intermittente avec permission aux personnes de venir y assister. Le maire de Virieu devra prendre un arrêté de police locale chaque fois qu’il s’agira de célébrer un office dans la chapelle appartenant à la dame Abel ».

Les murs de cette chapelle sont composés d’un appareillage de cinq rangées de galets roulés, reposant sur deux rangs de briques en terre cuite. Ceci est répété plusieurs fois, l’aspect esthétique malgré la ruine avancée du bâtiment est du plus bel effet. Les briques provenaient de la fabrique de tuiles et de briques Collet-Beillon du village de Le pin. Elles portent moulé sur leur face l’empreinte du fabricant. Les galets d’origine glacière, étaient collectés dans les terrains agricoles alentours. Ces galets disposés en assise régulière horizontales « en biais », où chaque niveau était monté en sens inverse de l’autre. Cette technique – très esthétique – est toutefois peu fréquente dans la vallée de la Bourbre où les galets roulés sont généralement appareillés d’une manière aléatoire en quinconce. L’on trouve ce type d’appareillage généralisé dans la plaine de Bièvre. Le porche d’entrée, à cintre surélevé ou pseudo gothique, à été réalise suivant un procédé de construction nouveau pour l’époque « le béton moulé. C’est dans les années 1850 que l’ingénieur Louis Vicat inventera à Grenoble le ciment et le béton coulé.

Cette chapelle à bien été terminé, et son utilisation pour l’usage du culte catholique durera jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale. Les anciens du village, racontaient qu’ils y avaient faient leur communion. C’était une grande procession de communiants et de communiantes en blanc, qui gravissaient la colline par un double sentier taillé dans la pente. Il est encore possible d’apercevoir cet enchevêtrement de sentiers avec les effets de soleil ou lorsque le terrain est recouvert de neige. L’on peu alors discerner deux sentiers taillés dans la côte partant chacun à un angle du terrain et se croisant en son milieu pour aller se rejoindre à nouveau devant le porche d’entrée. Ces processions étaient en quelque sorte l’équivalent des « pardons » bretons.

La perte de la fois, les outrages du temps, et le vandalisme occasionné par les enfants aux cours des ans eurent raison de l’édifice. Mais malgré l’état de délabrement de ce lieu de ferveur religieuse, le point de vue sur le village et la vallée y est exceptionnel.

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.

La_chapelle-cure_Pierra[1]