Le château de Virieu
Château de Virieu
Le château de Virieu s’inscrit dans un cadre champêtre, qui permet, avant ou après une visite, de courtes promenades offrant différents panoramas sur la vallée environnante. Dans un souci du respect du site, les jardins à la Française ont été re-dessinés à l’identique des jardins du XVIIIème grâce aux plans confiés par la Famille de Virieu.
Existant dès le XIème siècle et édifié par Wilfrid de Virieu, la maison forte défendant la vallée de la Bourbre, dans les « Terres Froides » du Dauphiné, s’est agrandie au cours de sept siècles, pour s’achever, vers 1750, par la façade dominant les terrasses aménagées sur les anciens remparts. En 1220, le fief sorti de la Famille par le mariage de Béatrix de Virieu avec Siboud de Clermont. Le château appartiendra aux Clermont pendant plus de trois siècles et sera vendu aux Prunier de Saint André qui le revendront à leur tour, en 1874, à la famille de Virieu, qui l’habite encore. Le Rois Louis XIII y séjourna en 1622, au retour de la « Paix de Montpellier », laissant les canons pris aux Calvinistes.
Les archives du château de Virieu
Près de mil ans d’histoire déposées aux Archives départementales de l’Isère par la famille de Virieu
La famille de Virieu a présenté le 29 juillet 2017 au château de Virieu l’aboutissement d’un travail de longue haleine, le classement et l’inventaire des archives historiques du château. Un exemple remarquable de confiance et de coopération entre une famille et des Archives départementales,
Ce projet a débuté en 2013 et vient de s’achever. Dans le cadre de ce travail, 120 mètres linéaires de documents (parchemins, dossiers, correspondances, dessins, cartes et plans) ont été recensés, mis en ordre et rangés pour les protéger, mais aussi les mettre à la disposition des chercheurs. Ce projet a été récompensé en 2015 par le Prix « Charles Samaran » de la Société des Amis des Archives de France.
Ces archives, très précieuses pour l’histoire du Dauphiné, mais aussi pour l’histoire culturelle et politique nationale et même internationale, avaient déjà bénéficié d’une procédure de classement en tant qu’archives historiques en 1996 : c’est-à-dire qu’elles sont protégées en tant qu’ensemble de documents de grande importance patrimoniale au même titre qu’un monument historique ou des objets classés. En 1999, elles ont été confiées aux Archives départementales de l’Isère à Grenoble, et cette mesure de protection a été finalisée en 2015 par une convention de dépôt entre la famille de Virieu et le Département. L’inventaire de ces archives a été fait par des archivistes recrutés par la famille. Hélène Viallet, Directrice des Archives départementales, a rappelé dans son allocation l’importance de cette coopération entre des archives privées et les archives publiques.
Une équipe de trois personnes s’est chargée du minutieux travail de bénédictin : sous la direction de Florence de Peyronnet-Dryden, ancienne élève de l’Ecole des Chartes ont travaillé Fabien Delpu, archiviste-paléographe, spécialiste notamment des périodes allant du Moyen-Âge à la Révolution, et Olivier Lafourcade, titulaire du master « Archives » délivré par l’Université de Lyon 3, et spécialiste du XIXème et du XXème siècle. A eux trois, ils ont pu apporter leurs connaissances et leur savoir-faire pour identifier et classer des documents allant de 1085 pour le plus ancien (une donation sur parchemin) jusqu’au début de notre siècle.
Ces documents sont désormais librement communicables en salle de lecture des Archives départementales de Grenoble depuis l’automne 2017. Seules quelques catégories de documents devront faire l’objet d’une autorisation spéciale de la famille : les documents récents, les documents trop fragiles pour être communiqués ; les documents très précieux, comme l’importante correspondance de Lamartine, le fleuron de cet ensemble exceptionnel.
La famille de Virieu qui a pour habitude de dire « Un château appartient aussi bien à ceux qui le regarde qu’à ses propriétaires », avait déjà été précurseur dans le partage et la transmission de la connaissance patrimoniale, en permettant que leur demeure soit le premier château privé du département à être ouverte aux visiteurs.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
L’épopée des canons du roi Louis XIII
Un après-midi de mai 1790, sur les deux heures, un groupe hétéroclite gravit la route escarpée menant au château de Virieu. Officiers municipaux et notables tous faisant partis de la nouvelle municipalité, auxquels s’est joint la garde nationale de Virieu. Requis par le procureur de la commune, ils sont chargés d’aller vérifier s’il y a dans le château des armes et des munitions de guerre que des ennemis de la révolution y auraient fait porter clandestinement en l’absence et à l’insu des propriétaires. Une telle rumeur s’étant répandue et s’amplifiant chaque jour. Après avoir, laissé quatre sentinelles à l’entrée du château, la petite troupe prie le citoyen François Gaven régisseur du château et dépositaire des clefs, d’ouvrir les portes pour faire les recherches qu‘ils ont cru devoir accorder à la rumeur publique Conduit par ce dernier, dans tous les appartements et réduits les plus cachés, et après une fouille minutieuse, il ne sera trouvé aucune provision d’armes, de vivre ou munitions de guerre. Mais seulement quelques vieux fusils de chasse, avec les six petits canons montés depuis très longtemps sur des affûts. La garde nationale profite de cette visite pour faire part alors de son désir d’emprunter quelques-uns de ces canons pour en apprendre la manœuvre. Le citoyen Gaven, y consent, et il est choisi les trois de ces canons qui leur ont paru en meilleur état, quoiqu’il y ait beaucoup de réparation à faire aux affûts. Ces canons sont descendus dans le bourg.
Le temps passe, et plus de nouvelle des canons, jusqu’à ce 14 juillet 1791, deuxième anniversaire de la prise de la Bastille. Les officiers municipaux et les curés des paroisses composant le canton de Virieu ayant invité les gardes nationaux à ce rendent à Virieu pour la fête nationale. Ils sont au nombre d’environ quatre cent, auxquels s’est joint une foule d’autres personnes. La messe annoncée par un coup de canon, est célébrée par le curé de Virieu, au champ de Mars où l’on avait érigé un autel à la patrie. Après l’office M. Dombey Beaupré commandant de la garde nationale du canton, monte sur l’autel et prononce un discours vibrant en faveur de la nouvelle constitution ; l’énergie de ses expressions porte tous les assistants à jurer de nouveau de la maintenir et déclarent formellement qu’ils veulent vivre libre ou mourir. Et ils offrent non seulement leur personne pour combattre les ennemis de la liberté, mais leur bien, pour venir au secours de tous ceux qui combattraient pour la patrie.
Les rumeurs ont la vie dure, le mardi 22 mai 1792, les citoyens de Virieu, informé qu’il y a encore dans le château de madame de Langon, trois pièces de canons montés sur leur affût. Ce qui cause des inquiétudes non seulement au corps municipal, mais encore à tous les citoyens qui depuis longtemps se plaignent hautement de l’incivisme de la maison Langon et de tout ce qui la compose. Puisque le citoyen Langon, père a protesté, comme membre du corps législatif contre l’autre constitution et que le fils passe pour émigré. Le conseil, décide que pour calmer les craintes des habitants et prévenir une effervescence qui pourrait être dangereuse. Et enfin, pour s’assurer que les trois pièces de canons ne soient prises par les ennemis de la Révolution pour les diriger contre les citoyens, requerre un officier de la garde nationale de Virieu avec un nombre suffisant de soldats pour aller prendre les trois canons et les descendre dans le bourg afin de les placer dans un lieu sur. Et que dans le cas où il serait nécessaire de faire des réparations aux affûts, une délibération serait prise.
Nous retrouvons, ces canons en juin 1792, date à laquelle le citoyen Magnin commandant du bataillon donne les ordres nécessaires pour mettre deux pièces de canons en état de service, pour être conduit à la fédération du 14 juillet prochain, à la tête du bataillon. Il se charge en même temps de faire instruire les gardes nationaux à la manœuvre des canons et de se procurer la poudre nécessaire pour l’exercice du tirage de cible. A cette occasion, le citoyen Belmont, notable et sous lieutenant de la compagnie de Virieu, est chargé de faire l’emplette d’un drapeau tricolore forme parisienne surmontée d’une couronne civique supportée par une lance au milieu et l’inscription du décret sur fond or, « Le peuple français ; la Liberté ou la mort ».
L’épopée n’est pas pour autant terminée, le 23 décembre 1793 le citoyen Ravier d’Herbelon, est chargé de fournir pour le lendemain à sept heures du matin, une voiture à quatre chevaux, pour conduire deux pièces de canon, dont les affûts ne sont pas solides, à la Tour du-Pin. Le citoyen Claude Pascal commandant en chef la garde nationale du canton de Virieu fournira aussi à la même heure deux chevaux attelés ainsi que le citoyen Magnin, notaire, Jean Guillaud de Giclas, Joseph Reynaud de Murinais, à l’effet de faire conduire chacun une pièce de canon avec leur affût, également au lieu de la Tour du Pin.
Actuellement la galerie s’orne de cinq canons, ne chercher pas le sixième. Du moins vous n’en trouverez qu’une partie, le fut éclaté. Au retour du voyage de noce du Marquis Wilfrid de Virieu, il aurait été prévu d’accueillir les jeunes mariés avec une salve de canons, c’est au cours de cette canonnade que le canon aurait explosé.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.