Le cinéma
Le cinéma « Le Foyer »
Un soir de novembre 1946 à Virieu ; des ombres convergent vers la « Maison du Peuple », les enfants excités précédant leurs parents. Tous se pressent, pour assister à la première projection de cinéma, dans une salle spécialement aménagée à cet effet. Des rangées de fauteuils couverts de velours rouge, un écran de grande taille en « cinémascope » et comble de luxe, un balcon ! Le premier film à l’affiche : « La belle aventure », nom prémonitoire de ce qui en sera une. La projection, certes en noir et blanc marquera pour longtemps les spectateurs. Le cinéma « Le Foyer » a vu le jour, fruit d’une association de bénévoles de la vallée de la Bourbre.
Toute une vallée mobilisée
Mais pour en arriver là, il faut remonter au lendemain de la Première Guerre mondiale. Et ce, en la personne de Jean-Marie Manon, qui s’installa comme photographe sur la place de la « Guinguette » à Panissage. De la photographie au cinéma, il n’y avait qu’un pas, aussi dans les années 1920, il acheta un projecteur de cinéma, avec lequel il effectuera des séances récréatives de projection de films en noir et blanc. Il se rendait dans les communes de la vallée de la Bourbre pour y projeter des films documentaires sur les grandes inventions d’alors ou sur les pays lointains encore inconnu des villageois. La télévision n’était pas encore arrivée dans la vallée. Et tous naturellement, Jean-Marie Manon se retrouvera opérateur projectionniste bénévole, il veillera sur les précieuses bobines, contrôlera « l’avance » des charbons, dont le réglage précis de l’arc électrique génère la lumière qui traverse la pellicule pour en projeter quelques dizaines de mètres plus loin l’image sur l’écran.
Le photographe et sa fille, le pharmacien, le banquier, le chapelier, le coquetier, le fleuriste, la secrétaire d’usine, l’électricien, le fils du notaire et même le marquis de Virieu et de nombreux autres bénévoles encore œuvrent avec abnégation pour cette aventure culturelle. Tous les samedis et dimanches soir ils permettent aux spectateurs de la vallée, de visionner les films jusqu’alors réservés aux grandes salles obscures des grandes villes. Les bobines de films transitaient par le train en gare de Virieu, celles-ci étaient respectivement « chargées » sur deux projecteurs. Lorsqu’une première bobine était projetée, l’opérateur chargeait la seconde sur le deuxième projecteur, puis a la fin de la première bobine, le second projecteur était lancé. Et, ainsi de suite.
L’aventure durera jusqu’en 1976, puis l’attrait des salles modernes des villes, ainsi que la priorité donnée à ces salles pour la programmation de films récents, verront pointer la fin du cinéma « Le Foyer ». Après une ultime séance au cours de laquelle les spectateurs purent voir « Il était une fois dans l’Ouest » l’opérateur éteindra à tout jamais ses projecteurs. La salle du peuple, n’a toutefois pas perdue son usage ludique puisqu’elle est maintenant devenue la salle des fêtes de Virieu. En 1980, la famille de Virieu, cèdera le bâtiment à la municipalité, qui l’aménagera afin qu’elles puissent être utilisées par les diverses sociétés et associations locales.