Le Comte Henri de Virieu et l’expulsion des Chartreux.

Le Comte Henri de Virieu et l’expulsion des Chartreux.

En 1903, le gouvernement Combes, farouchement anticlérical, refusait aux congrégations religieuses les décrets d’autorisations leur permettant de continuer d’exercer l’enseignement. (Ceci sera le prélude aux lois de la séparation de l’Eglise et de l’Etat et de la laïcisation de l’Ecole). Des centaines de congrégations, dont celle des moines de la Grande Chartreuse durent s’exiler. Près de 2 000 écoles furent fermées, et des dizaines de milliers de religieux se trouvèrent interdits d’exercer leur profession d’enseignant, la plupart d’entre eux partirent fonder des établissements à l’étranger.

Des manifestations de sympathie envers les Pères Chartreux, se produisirent à Saint-Laurent-du-Pont, et au monastère, à partir du 17 avril 1903 et rassemblèrent plusieurs milliers de personnes. Prévenus à la hâte, les habitants des villages voisins arrivèrent en foule au couvent le 28 au soir. A minuit le 2ème bataillon du 140ème régiment d’infanterie, après avoir démoli quelques barricades, arrivait sous les murs du Couvent. Il se heurta aux manifestants qui, formés en masse compacte, lui barrèrent la route. Un renfort de 50 gendarmes à cheval et 2 escadrons de dragons furent dépêchés sur place, suivis d’une escouade de soldats du génie munie de matériels destinés à enfoncer les portes. La première barrière de manifestants enfoncée, il fallut dégager la grande porte que gardait un groupe de défenseurs résolus. Les fantassins et les gendarmes à cheval chargèrent la foule et, vers 3h.30 du matin la porte était dégagée et défoncée, à peu près au même moment, le Parquet arrivait de Grenoble accueilli par de formidables huées.

L’Abbé Célestin REY, né à Charavines, devint Chartreux en 1890, sous le nom de Don Valéry, Il se trouvait au monastère de la grande Chartreuse en 1903, lors de l’expulsion des Pères Chartreux. Il restera un moment à Grenoble, pour gérer le devenir de la liqueur Chartreuse, et ensuite il fut expulsé et s’exila en Italie avec les Chartreux qui y étaient établis. Il y meurt en 1906 et y repose pour toujours, loin de son village natal ».

Extrait du journal LACROIX du 25 juin 1903

« Parmi les Dauphinois qui étaient venus à la Grande Chartreuse protester contre l’expulsion des bienfaiteurs du pays, se trouvaient M. le Comte de Virieu, ancien officier de hussard, qui ne put s’empêcher de dire aux crocheteurs « Vous faites un joli métier, permettez-moi de vous adresser mes félicitations ». M. Henri de Virieu fut condamné à huit jours de prison pour cette protestation énergique et justifiée. Or nous apprenons que notre ami vient d’être incarcéré à la prison de Fresnes, où la mesquine vengeance des jacobins lui fait subir les plus odieux traitements. C’est ainsi que lui a été refusé la faculté qui est donne d’habitude aux détenus politiques de faire venir ses aliments du dehors. Nous ne parlerons pas d’autres vexations que l’on ne ménage pas à cet honnête homme, coupable de n’avoir pas su contenir son indignation de citoyen en face du plus répugnant des attentats. Certes nous n’attendons aucune générosité de la part des Jacobins pour leurs adversaires, mais nous devons protester contre des rigueurs inutiles et qui sont particulièrement odieuses en cette circonstance. »

Les 48 Chartreux durent s’exiler en Espagne et en Italie. Mais auparavant le Révérend Père Dom Michel, prieur de Chartreuse et Général de l’Ordre, en reconnaissance, envoya au château de Virieu les deux grands portraits peints de Saint Bruno et de Saint-Hugues, ainsi que le crucifix de sa cellule. Ces témoignages sont conservés dans la chapelle du château. Il expédia également la réserve de « Vielle Chartreuse ». Au lendemain de la Libération, la marquise de Virieu et l’abbé Lorenzy aimaient à raconter l’anecdote suivante : « Durant l’occupation de la France de 1940 à 1944, ce stock de liqueur, sauva peut-être le château. En effet, si les Allemands avaient découvert les armes et les munitions qui y étaient cachées, ils auraient sans doute mis le feu et fait sauter l’édifice en représailles. Or, chacune des visites des allemands commençait par l’inspection des caves ; là, ils tombaient sur les caisses de liqueur et celle-ci produisait son effet. Le butin, d’hommes titubant, se limita à des lingeries des armoires et à la prise de quelques objets précieux, des damas de la chambre du Roi. Camions et motos furent plusieurs fois aperçus dans les fossés bordant les routes aux alentours du château et, jusqu’à Moirans… ».

Les Chartreux émigrés en Italie, revinrent en France en mai 1940, dès l’entrée en guerre de l’Italie aux cotés de l’Allemagne. Ceux, exilés en Espagne, furent officiellement autorisés à rentrer en France en 1941.

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.