La maisonnette du garde-barrière

Un métier totalement disparu qui a pourtant fortement marqué la vallée de la Bourbre. Il n’y avait pas moins de dix passages à niveau entre la commune de Le Passage et celle de Châbons distantes entres elles d’une quinzaine de kilomètres. Sur chacun d’eux la vie s’organisait au rythme des convois, de jour comme de nuit.

Les voies ferrées traversent encore les routes, et il faut toujours des barrières pour empêcher l’accès des véhicules sur rails au moment du passage des trains. Depuis 1954, dans la vallée, les barrières gérées sans la présence humaine se ferment automatiquement. Les maisonnettes de garde-barrière ayant servi de logement ont pour la plupart été démolies ou, dans l’attente de l’être, sont parfois occupées par des employés de la S.N.C.F à la retraite. Au début des premières barrières automatiques c’était avec une certaine appréhension que les automobilistes s’engageaient sur la voie ferrée, vous pensez ! « il n’y avait pas plus de garde-barrière ! » Cet homme ou cette femme, qui connaissait par cœur tous les horaires et tournait la manivelle pour nous laisser passer. Ce métier d’apparence facile « usait son homme ! » il se répartissait en deux factions de douze heures. Une faction de jour, de six heures du matin à dix huit heures, durant cette faction, les barrières étaient toujours ouvertes et devaient être descendues cinq minutes avant l’arrivée du train. C’est le passage de celui-ci, sur une pédale située à 2500 mètres en amont du passage à niveau qui actionnait une sonnette dans le logement du garde-barrière.

La faction de nuit, de dix huit heures à six heures du matin était de loin la plus fatigante, douze heures sans dormir. Ce garde faisait sa faction non pas dans la maisonnette, qui elle était le logement permanent du garde-barrière de jour, mais dans une guérite d’environs 2,5 mètre de coté ayant pour tout confort une table, une chaise et un poêle à bois. La radio étant interdite, pour seule distraction la lecture. La nuit les barrières étaient toujours maintenues baissées et n’étaient ouvertes qu’à la demande, lorsque qu’une voiture se présentait devant la barrière. Un coup de klaxon, un appel de phare et le gardien sortait ouvrir la barrière et la refermait après le passage du véhicule. A une époque, où les barrières s’ouvraient à la manière de portails, à deux ventaux, le garde-barrière, prenait grand soin d’ouvrir en premier la barrière opposée au coté où se trouvait l’automobiliste et ensuite venait ouvrir l’autre, afin que le véhicule ne se trouve pas arrêté devant la barrière alors qu’il se trouvait engagé sur la voie ferrée. Plus tard, apparurent les barrières de la largeur total de la route, qui se relevaient les deux cotés à la fois à l’aide d’un mécanisme manuel à manivelle

Sept jours de travail et un seul jour de repos, celui-ci décalé d’un jour chaque semaine, ce qui faisait que le dimanche de repos ne tombait que toutes les sept semaines.

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.