Le marché
Foires et marchés à Virieu
La commune de Virieu jouit d’un marché depuis plus de deux siècles, les habitants obtinrent confirmation de leur marché en mai 1655, par lettres patentes, de Louis XIV, un jeudi de chaque semaine ; il subsista ce jour-là jusqu’au commencement de ce siècle. Si les habitants demandèrent on ne sait pourquoi, que le marché fut tenu le lundi de chaque semaine, au lieu du jeudi, cette permission leur fut accordée par une autre lettre patente de Louis XV en octobre 1723. Avant les évènements de 1789, sous l’ancien régime, Il y avait quatre foires à Vrieu : le 20 avril, le 6 juin, le 1er septembre et le 25 novembre, la durée pour les trois premières était de une journée et pour la dernière de deux journées. Le marché avait lieu les jeudis et y était pratiqué, aussi bien qu’aux différentes foires le commerce de chevaux, bêtes à corne et à laine, cochons, coqs d’inde et autres volailles, draperies, équipement et comestibles de différentes espèces, chanvre et fil. L’activité était la filature de laine pour la fabrique de Vienne.
Aussi le marché se tint le lundi. Ce changement de jour ne fut pourtant pas favorable à la commune de Virieu, le marché se réduisit insensiblement à bien peu de chose, il serait trop long d’en rapporter ici toutes les raisons que l’on décrirait cependant si cela était nécessaire. Il y a dix ans, qu’on se pourvut au ci-devant intendant pour le faire remettre au jeudi ; la requête ayant resté enfouie dans son bureau, on fut encore obligé de s’adresser à la commission intermédiaire ; mais ses grandes occupations et sa courte durée ne lui permirent pas de faire droit sur la pétition. Une loi du 4 mai 1793, autorisa les directoires du département à établir des marchés, dans tous les lieux où ils seront nécessaires ; ce fut d’après cette loi que la nouvelle municipalité de Virieu qui ne connaissait pas ses titres, demanda purement et simplement un marché pour les jeudis de chaque semaine, au lieu de demander seulement le changement du jeudi, au lundi. Ce que le directoire lui accorda par son arrêté du 15 août dernier.
Depuis la fixation du marché de Virieu au jeudi, il a été assez approvisionné, et il a même fourni des grains aux marchés de Grenoble, et Voiron au-delà de leurs attentes. Le succès de ce marché qui était dû à sa localité, et au zèle des citoyens environnants, ne tarda pas à exciter la jalousie des habitants de Lemps, et du Pont-de-Beauvoisin, qui réunirent leurs efforts pour opérer sa destruction, auprès des commissaires réunis à la Côte saint André, district de Vienne, qui la prononcèrent le 4 novembre dernier. Il n’en serait jamais venu à bout s’ils n’eussent pas abusé de l’esprit de la loi du 9 octobre, laquelle supprime les marchés non existants avant 1789, en donnant en entendre aux autorités constituées que le marché de Virieu n’existait que depuis quatre mois, tendis qu’il existait depuis plus de deux siècles, suivant les titres rapportés ci dessus. L’article 1er de la loi porte : « Que tous les anciens marchés existants avant 1789 sont maintenus », donc celui de Virieu ne peut pas être supprimé. Les commissaires du département, réunis à la Côte saint André, pour la circonscription des marchés du district de la Tour du Pin, partant toujours du même principe que le marché de Virieu était nouvellement créé, et sans avoir entendu les raisons de la commune de Virieu.
Le citoyen Bailly de Lemps l’un des commissaires fit englober les deux tiers du territoire de la commune de Virieu au marché de son pays, et le citoyen Drevon, du Pont-de-Beauvoisin, aussi l’un des commissaires fit aussi englober l’autre tiers, à celui de son pays. Le marché de Virieu est tellement nécessaire que s’il n’existait pas, il faudrait l’établir ; on va clairement le démontrer : Virieu est un lieu central, et chef-lieu de canton, sa population est de plus de 4 000 âmes. Les communes adjacentes sont d’environ 2 000 âmes ; et il faut le convenir l’intérêt d’une population aussi nombreuse, mérite quelques considérations.
Dans tous les temps les grains de la commune de Virieu ont été destinés à l’approvisionnement de Grenoble, et Voiron, et il est inconcevable qu’on veuille lui faire faire un circuit de 3 et 6 lieux pour arriver à Grenoble, ce qui le retarde au moins d’un jour, et outre ces inconvénients, il en existe une foule d’autres non moins frappants, dont nous ne rapporterons que celui qui regarde les citoyens les plus aisés. La commune de Virieu, et les pays adjacents sont habités comme toutes les campagnes, par quelques riches personnes aisées, quelques fermiers de ci-devant, et le plus grands ne pouvant subsister que par le travail de leurs bras. De tout ce que nous venons de dire, il résulte bien clairement ;
- Que tous les citoyens qui cultivent leurs propriétés avec des bœufs, où des vaches, ne peuvent transporter les grains qui leurs restent, après leurs consommations, attendu le grand éloignement ; de Lemps, et de Pont-de-Beauvoisin.
- Qu’on réduirait à la dernière misère les « manouvriers » et les gens de métiers, s’ils se trouvent obligés d’aller acheter loin de leurs domiciles, et marché par marché, les grains nécessaires à la subsistance de leurs familles, par la perte de leurs journées, et du louage des bestiaux pour le transport.
- Qu’on retarde l’arrivée des grains à Grenoble de plus d’un jour.
- Qu’on ferait à la commune une injustice en supprimant son marché que l’article 1er de la loi du 18 vendémiaire lui conserve.
- L’on contreviendrait ouvertement à la disposition de cette loi, qu’il n’est permis à personne d’interpréter, à peine de forfaiture son expression est que tous les anciens marchés existant avant 1789 sont maintenus, il s’agit donc de savoir seulement, si le marché de Virieu est ancien, et s’il était existant avant 1789 ; or les titres énoncés en la présente, prouve que ce marché est tellement ancien, qu’il remonte avant 1789, qu’il était encore fréquenté en 1762.
On prétendrait vainement que la loi à entendu parler des marchés qui se fréquentaient avant 1789 ; les lois n’entendent jamais que ce qu‘elles expriment, ceux qui sont obligés de les exécuter ne doivent lui donner d’autres sens que celui que la lettre présente, où bien il faudrait croire, que le législateur n’a pas su dire ce qu’il voulait. En effet il est bien évident que si la loi est entendue, ne maintenir que les marchés non interrompus, elle l’aurait prononcé, comme par exemple, elle aurait dit : que les marchés fréquentés en 1789, et auparavant sont maintenus, où bien les marchés interrompus avant 1789 sont supprimés. Loin de là elle veut maintenir, tous ceux qui étaient établis avant 1789, d’où il suit que celui de Virieu établi avant 1655, sans qu’il ait été révoqué par aucune autorités quelconques, doit subsister malgré la décision des commissaires réunis à la Côte saint André, le 4 novembre dernier, malgré surtout les habitants de Lemps, et du Pont-de-Beauvoisin. Fait à la maison commune à Virieu, le conseil général assemblé, le 26 janvier 1794 de la République française, une et indivisible.
L’administration municipale signale que la neige tombée ces derniers jours du 20 et 21 novembre, occasionnait une si grande quantité de boue, que le passage dans les rues de Virieu, deviendrait impraticable si l’on n’avait pas soin de l’enlever. Déicide que tous les citoyens habitants dans le chef lieu, sont tenus, sous peine de trois francs d’amende, de nettoyer les rues, ou chemin depuis le fond de « Barbinière » jusqu’au haut Virieu. Chacun devant enlever et transporter ailleurs, sans nuire à personne, la neige, la boue et autres matériaux. Un extrait du présent arrêté sera publié au son de la caisse dans toutes les rues de Virieu, et affiché aux deux arbres de la liberté.
Le 17 octobre 1818, le ministre de l’intérieur, autorise le rétablissement du marché de la commune de Virieu et fixe le jour de la tenue de ce marché au lundi de chaque semaine.
Le 9 avril 1893, le conseil s’est réuni en séance extraordinaire à l’effet de délibérer sur l’opportunité d’établir des droits d’octroi à l’entrée du bourg sur les œufs, beurre et volailles pour tous, les jours de la semaine, le lundi excepté, jour de marché dans le but d’empêcher les tournées à domicile dans les campagnes faites par les coquetiers de Virieu. Le conseil délibère sur cette mesure qui pourrait être efficace à l’égard des coquetiers de Virieu mais qui n’aurait évidemment aucune action sur les coquetiers étrangers au bourg. Il expose qu’il faut aussi prévoir le cas où cette taxe ayant été établie, les coquetiers de Virieu installeraient leurs magasins d’approvisionnement en dehors du bourg et rendrait cette mesure illusoire. Le conseil, estimant qu’il y a lieu avant de prendre des mesures coercitives à l’égard des coquetiers de Virieu de voir si le marché qui doit à partir du 17 courant se tenir sur la place de l’église, ne sera pas entravé par la concurrence qu’ils font à ce marché en se rendant dans les campagnes au domicile des producteurs, ajourne l’établissement de toute taxe jusqu’au jour ou il sera reconnu qu’elle est nécessaire pour protéger le marché et lui permettre de combattre la concurrence.
Le 18 avril 1893, Arrêté de la commune de Virieu. Le maire croit devoir rappeler relativement au marché du lundi, les dispositions prises par ses prédécesseurs en vue de réprimer les abus qui pourraient nuire à la bonne tenue du marché. Il est expressément détendu à toutes les personnes qui apportent des denrées ou autres objets destinés à l’approvisionnement du marché de les vendre ailleurs que sur la place affectée à ce marché ; de stationner sur des lieux non affectés à la vente et d’entrer dans les maisons.
- L’emplacement actuel du marché sur la nouvelle place de l’église est limité par la rigole d’écoulement des eaux qui sépare la place de la rue. Défense est faite à toutes personnes, d’aller au-devant de celles qui apportent des denrées ou autres objets, dans le but de les acheter.
- Il est rigoureusement défendu aux coquetiers de s’approvisionner avant le signal donné par un drapeau qui est hissé au moment voulu sur la place. Jusqu’à ce moment là, ils doivent se tenir dans la partie qui leur est réserve et qui leur est indiquée par le garde champêtre à leur arrivée.
- Le pesage des denrées et autres objets étant soumis les jours de marché à un droit dont le sieur Jean Jeannetaz à l’adjudication. Ce service sera fait complètement par ses soins, ce droit est de 5 centimes par pesée, il sera payé après entente préalable, soit par l’acheteur, soit par le vendeur. En vue de favoriser le rétablissement du marché, le sieur Jeannetaz s’étant engagé à faire pendant trois mois le pesage gratuitement, ce droit ne sera pas perçu par lui qu’à partir du 17 juillet prochain. Comme conséquence de cet arrêté, toutes les balances, autres que celles du sieur Jeannetaz devront disparaître du marché.
Le 2 juillet 1893, le maire rappelle au conseil que par une délibération du 18 mars 1893, il a nommé une commission de trois membres, chargée d’étudier les moyens propres à amener le rétablissement du marché hebdomadaire de Virieu. Cette commission s’est adjoint trois membres pris en dehors du conseil et il a été reconnu qu’une des mesures les plus efficaces pour décider les producteurs à apporter au marché leurs denrées était de favoriser la concurrence en engagent des coquetiers étrangers à la localité à s’y rendre, ce qui aurait pour conséquence d’empêcher le monopole qu’a eu jusqu’à ce jour le coquetier de Virieu, lequel avait amené la ruine du marché en se rendant dans les campagnes au domicile des producteurs. Grâce à des dons en argent qui ont fait par différents particuliers et qui ont permis d’indemniser quelques coquetiers des environs, le marché qui a recommencé le 17 avril, semble devoir se maintenir dans de bonnes conditions, mais les secours étant épuisés, il importe de les continuer encore pendant quelque temps, aussi la commission du marché demande t’elle que la commune lui vienne en aide. Le conseil vote une subvention de 200 francs à la commission, qui aura pour mission de désigner trois coquetiers étrangers à la commune, au maximum, à chacun desquels il sera alloué une prime de 5 francs par chaque présence au marché après qu’il aura été constaté qu’ils ont acheté une certaine quantité de denrées.
Le 18 mars 1896, M. le maire exprime le vœu manifesté par la majorité de la population, propose d’étudier les moyens propres à faire renaître le marché qui était autrefois florissant. Le conseil estimant qu’il y a lieux de prendre cette demande en considération nomme une commission de 3 membres, les sieurs Fournier, Manon et Salavin chargés de faire toutes les démarches qu’ils croient utiles au rétablissement du marché.
Le 10 août 1940, le conseil municipal décide de rétablir le marché hebdomadaire qui existait autrefois le lundi et qui a été abandonné à l’époque où les coquetiers se sont mis à rouler dans les campagnes pour acheter les produits de la ferme. Le marché aura lieu sur la place le lundi pour les produits de la ferme beurre, œufs fromage, volailles, fruits, légumes. Le premier lundi de chaque mois serait ajouté un marché pour la vente du bétail (bovins, porcin, ovins). Les trois foires existant dans l’année : les 20 avril, 4 juin et 25 novembre ne sont pas modifiées.
Foire de la Sainte-Catherine
Le 22 novembre 1810, le maire et l’adjoint de la commune de Virieu, considérant que la police municipale doit veiller au maintien de l’ordre et à la tranquillité publique pendant la foire de la saine Catherine qui doit se tenir dans la commune le lundi et mardi, 26 et 27 courant, nous avons arrêté le règlement qui suit : Il est enjoint à tous les habitants de Virieu d’enlever chacun par d’envers soi les branches, arbres, poutres, chars, charrettes, amas de terre et cailloux et généralement tous les objets qui pourraient gêner la voie publique et la libre circulation des hommes et des bestiaux. Les aubergistes et cabaretiers, veilleront à ce qu’aucune querelle, rixes, coups de mains, n’aient lieux chez eux, et ils sont chargés sous leur responsabilité personnelle de dénoncer à la police municipale et au commandant du piquet de la garde Nationale en exercice ou à la gendarmerie, tout injures et toutes provocations qui tendraient à troubler la tranquillité publique, la paix et l’harmonie. Ils veilleront également à ce qu’aucun attroupement tendant à opposer paroisse contre paroisse ne se forme chez eux.
Il sera commandé un piquet de six hommes de la garde Nationale, non compris le chef, qui entrera en exercice sur les dix heures du matin et qui sera chargé, le jour de la foire, c’est à dire le lundi de faire de fréquentes patrouilles tant dans les divers quartiers de la foire que chez les cabaretiers et aubergistes, pour surveiller et dénoncer à la police tout actes et tout propos qui pourraient tendres à troubler la tranquillité publique.
« Nous maire de la commune de Virieu, avons arrêté et arrêtons ce qui suit : Les chanvres et les noyaux amenés aux foires pour y être vendus seront déposés sous la halle. Les chanvres dans la partie nord. Les noyaux dans la partie méridionale. Tout jeu de hasard est interdit. La gendarmerie et le garde champêtre sont chargés de veiller à l’exécution du présent arrêté. En mairie de Virieu, le 15 novembre 1871, le maire Magnin Dufayet ».
Le même jour, Vivian François, de Bourgoin, demande l’autorisation d’installer, pour la foire à Virieu, un théâtre mesurant 8 mètres en façade sur 6 mètres de profondeur, pour l’exhibition de deux personnages authentiques représentant une femme peau-rouge de l’Australie et une femme peau jaune Javanaise, de l’Inde.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.