Le père Noël de Virieu
Le Père Noël
Mon voisin, lui, il allait à l’école laïque, moi à l’école libre. Mon père avait pourtant usé ses pantalons sur les bancs de l’école publique.
Le Père Noël, il venait à mon école… une fois par an, habillé de noir, avec un chapeau tout aussi noir. Nous étions tous en rang sous les ordres de l’instituteur et de la maîtresse. J’avais à peine dix ans, mais je me souviens précisément du cérémonial de Monsieur le Curé, car c’était lui notre Père Noël. Il sortait d’un paquet des petits sucres d’orge enveloppés de papiers brillants et colorés. Oh ! Nous n’en avions pas plus de deux, peut-être trois, et je me revois lui dire merci, je revois mes petits voisins de classe se fondre en remerciements. C’était ça, le Père Noël à mon école.
Quelques jours plus tard, c’était l’arbre de Noël de l’école publique, celle de mon voisin. La salle était comble, et, comme elle se trouvait à coté de la boulangerie familiale près de la vieille halle, je me joignais aux enfants qui attendaient impatients et excités l’arrivée du Père Noël. J’allais dire « le vrai Père Noël ». Lorsqu’il arrivait sur la scène, c’était le délire. Pour nous, c’était le même, que nous voyions à la télévision les jeudis après-midi sur l’un des rares postes de télévision en noir et blanc installés dans les deux principaux café-bistro du village. Mais là, il était bien rouge, avec une voix gutturale, qui faisait pleurer les petits dans la salle. D’ailleurs, il n’y avait pas que ses habits, qui étaient rouges : son nez l’était tout autant et je compris plus tard le pourquoi, vu ses présences répétées au « café-boulangerie » de mes parents.
Intérieurement, quelque chose m’interpellait, lorsque l’homme en rouge, au lieu de sortir des sucres d’orge, appelait chacun des enfants par leur nom. Il leur remettait un jouet, des oranges, paquets de papillotes et autres friandises. Pour mon voisin, c’était le nécessaire du petit menuisier, une autre fois – comble de luxe – un Meccano. L’année suivante c’était le Meccano n°2 et plus tard le Meccano n° 3. Il était fort le Père Noël de l’école de mon copain, qui savait déjà, que celui-ci deviendrait plus tard le meilleur bricoleur du village. Peu après la remise des cadeaux, je me rendais chez mon camarade. Il construisait des ponts, des voitures, des grues et d’autres structures métalliques, qui me faisaient rêver. Il n’y avait pas de jalousie en moi, tout au plus un peu de frustration.
Et, que dire de cette vieille mégère, qui, me voyant dans la salle, me fit remarquer que j’étais de l’école privée et que je n’avais rien à faire à l’arbre de Noël de l’école publique. C’était comme ça à Virieu dans les années 1960. Eh bien, je m’émerveille toujours autant devant la joie d’un enfant, qui reçoit des cadeaux à Noël, me redonnant l’envie de croire à nouveau au Père Noël et à sa magie.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.