L'école
DES ECOLES PUBLIQUES COMMUNALES JUSQU’A L’ECOLE INTERCOMMUNALE
Au lendemain de la révolution française le conseil municipal républicain de Virieu, désigné alors sous le nom de « conseil général de la commune », s’attache à continuer l’action d’éducation des enfants jusqu’alors impartie au clergé. Le 15 thermidor de l’an 4 (2 août 1796), le citoyen Etienne Badin, secrétaire de mairie, est nommé instituteur de l’école primaire de Virieu. Il loge à ce titre dans le presbytère laissé libre depuis le 13 juillet 1792, suite au départ précipité du curé qui avait dû quitter le village pour cause de persécutions religieuses.
C’est le 12 vendémiaire de l’an 9 (4 octobre 1800) que Joseph Cret Duverger, maire de Virieu, informe ses citoyens, qu’aux termes de la loi les instituteurs légalement nommés sont les seuls à qui la république doive un local tant pour leur servir de logement, que pour recevoir les élèves pendant la durée des leçons. De plus il informe que tous les élèves depuis l’âge de sept ans et plus seront admis à l’enseignement public moyennant la rétribution d’un franc par mois. La mairie exemptera de cette rétribution un quart des élèves pour cause d’indigence. Elle tiendra deux séances destinées à l’examen des élèves, et décernera à ceux qui se seront les plus distingués une récompense d’honneur en présence de leurs parents. Il invite les citoyens à envoyer leurs enfants à l’école primaire de la commune, sans préjudice au droit qu’ils ont de se choisir un instituteur particulier, lequel sera tenu, préalablement à l’ouverture de son école, de produire un certificat de vie, de mœurs et de capacité.
L’école de garçons en trois sections
Le 19 décembre 1813, son successeur François-André Barbier arrête, qu’il est établi à Virieu une école primaire destinée à enseigner toute la jeunesse de sexe masculin. Cette école est divisée en trois sections : la première, présidée par Joseph Chaboud-Mollard, est destinée aux enfants du premier âge ; Il sera tenu d’y faire réciter le catéchisme deux fois par semaine. La deuxième, présidée par Etienne Badin, instituteur primaire ; il sera enseigné la lecture civique, les éléments de calcul décimal et ceux de l’orthographe. La troisième section, présidée par Monsieur Cotton ; on y enseignera à bien écrire. Les classes se tiendront dans les salles de la mairie. Les élèves apporteront du bois pour leur chauffage une fois par jour. Le présent arrêté sera publié au prône par monsieur le curé. Il sera complété par un autre règlement à l’intention des enfants du sexe féminin.
Les frères de la Sainte Famille et les sœurs de la Providence
A partir des années 1850, l’école primaire communale de garçons de Virieu est dirigée par les frères religieux de l’ordre de la sainte famille de Belley. Cette première école était alors située « Mas de pré Bernard, en bordure de la route de grande communication n° 17 », dans des bâtiments qui abriteront ensuite l’hospice de Virieu, puis la bibliothèque et ensuite « la Maison des Jeunes », avant d’être démolis pour permettre la construction d’un immeuble d’habitations, rue de Barbenière.
L’école communale de filles était établie dans le couvent tenu pas les religieuses de la congrégation des sœurs de la Providence de Corenc, situé à l’angle de la rue de la Halle et du champ de Mars.
Travaux des champs
En mai 1868, Jean-Baptiste Anselmier, premier magistrat, communique au conseil une lettre par laquelle M. l’inspecteur des écoles primaires fait connaître, que la durée des vacances commencera à être d’un mois, et que dans la même commune toutes les écoles publiques fermeront en même temps. Jean-Baptiste Anselmier signale, que depuis plusieurs années l’école des garçons prend ses vacances en septembre et l’école de filles en octobre, que l’instituteur et l’institutrice désireraient que cet usage soit continué pour le motif que l’ordre de la Sainte Famille auquel appartient l’instituteur fait sa retraite pendant le mois de septembre et que l’ordre de la Providence auquel appartient l’institutrice fait sa retraite pendant le mois d’octobre. Le conseil considérant que le mois de septembre serait l’époque préférable pour les vacances, attendu que les enfants qui fréquentent les écoles appartiennent en majeur partie à des familles agricoles et qu’ils seraient plus utiles à leur parent dans le mois de septembre que le mois d’octobre. Considérant que l’usage ne donne lieu à aucune plainte de la part des habitants, le conseil émet l’avis que l’école de garçons prenne ses vacances en septembre et celle des filles en d’octobre.
L’école de garçons laïcisée
C’est en 1888 que Jean-Baptiste Bérier, maire, présente le projet d’un bâtiment destiné à recevoir la mairie, la justice de paix et l’école de garçons, à construire dans la rue appelée de nos jours rue du château. L’emplacement choisit nécessitera l’acquisition en vue de sa démolition d’un ensemble de bâtiments formant un corps de ferme. L’inauguration du bâtiment, qui aura coûté la somme de 40 000 francs, aura lieu le 11 novembre 1892.
L’école de filles met en émoi le conseil
Wilfrid de Virieu en tant que maire se déclare personnellement partisan du principe de la neutralité des écoles publiques de l’état et de l’application impartiale de ce principe. Mais un membre du conseil dit « Qu’il ne considère pas avoir le droit de voter une laïcisation qu’il sait être contraire aux sentiments des électeurs qu’il représente et fait observer que si au moment des élections municipales, les membres du conseil avaient inscrit dans leurs programmes la laïcisation de l’école de filles, aucun d’eux n’aurait été élu. Le conseil affirme son intention de se soumettre à la loi et, considérant que la laïcisation immédiate est contraire au vœu de la presque unanimité de la population, que le budget de la commune est encore chargé de l’emprunt contracté en 1890 pour la construction de la mairie, justice de paix, école de garçons, par ces motifs le conseil décide de prier M. le préfet d’accorder pour l’application de la loi un délai aussi long que possible.
Devant l’intransigeance des autorités, les élus de Virieu projettent en octobre 1902 d’aménager l’école de filles au rez de chaussée de la nouvelle mairie, mais en juin 1903 le conseil municipal décide d’abandonner les travaux et de construire un bâtiment neuf, au lieu-dit « Pré des Chenaux », en face du champ de Mars. Les travaux débuteront en début d’année 1905 et se termineront en 1907.
Ces multiples avatars « laïco-religieux » concernèrent beaucoup des communes de notre canton. Celles-ci durent faire d’énormes sacrifices financiers pour construire des bâtiments scolaires. Il faudra attendre l’année 2003 pour que des villages de la « Vallée de la Bourbre » s’unissent afin de mettre en commun leurs efforts dans ce domaine sensible qu’est l’éducation des enfants. Un exemple réussi de l’adage « faire ensemble ce que l’on ne peut faire seul » s’est concrétisé par l’ouverture d’un groupe scolaire intercommunal de Blandin, Chassignieu, Panissage et Virieu.
© Texte extrait de l’ouvrage « Virieu en Dauphiné, Pays d’ombres et de lumière » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Ecole publique
Ecole libre
Certificat d'études
Mairie, école et justice de paix, rue du château, anciennement rue de la mairie
Le bâtiment de la mairie, était aussi dévolu pour servir de justice de paix, d’école publique des garçons, et accessoirement de lieu pour la tenue des conseils de révision. Mais entre autres, c’est là qu’une fois par an, à la fin de l’année scolaire, était le lieu au sein duquel tous les enfants du canton y passaient leur certificat d’études primaire. Pour la plupart d’entre eux, au lendemain de cet examen, ce sera l’entrée dans le monde du travail.
Voici le sujet d’épreuve du Certificat d’études primaires de juin 1919 à Virieu
Sujet : Décrivez la montagne, la vallée ou la plaine, près de laquelle ou dans laquelle se trouve votre village. Montrez ce qui la distingue des autres montagnes, vallées ou plaine.
Développement
C’est non loin d’une vallée délicieuse qu’est situé mon petit village. Oh ! Cette vallée, que je l’aime pour les charmes que je trouve à la parcourir. Une rivière aux eaux limpides, la Bourbre, la traverse et coule avec douceur, en alimentant les petites rigoles qui fécondent ses vertes prairies. A l’Est, la vallée est encadrée par des collines herbeuses et plantées çà et là de vieux châtaigniers et de vieux noyers aux larges couronnes et dont les fruits sont si appréciés. Au sommet de ces collines se perche des villages dont les clochers se dressent vers le ciel. A mi-côte de l’une d’elles, sur une sorte de mamelon, est bâti un joli château à plusieurs tourelles qui attire le regard et qui vous fait dire : Oh ! Qu’on doit être bien dans cette riche demeure entourée d’un petit bois et égayée par le chant des oiseaux ! A l’Ouest de la vallée, rien de bien remarquable que la voie ferrée qui la borde sur une assez longue étendue. Le fréquent et bruyant passage des trains, le sifflet des locomotives animent, ou plutôt, troublent la solitude des ces lieux tranquilles.
Que dire sur ce qui distingue cette vallée des autres ? Après la rapide description que je viens d’en faire, si je ne vois rien de particulier à signaler, sinon que la vallée qui m’est chère revêt pour moi une grâce, une douceur, une poésie que je ne saurais rencontrer ailleurs. Tout m’y enchante : ses claires eaux, ses jolies prairies, ses arbres séculaires à l’ombre desquels j’ai souvent pris mes ébats. Je ne sais plus par qui j’ai entendu dire que Lamartine, se trouvant un jour dans ces parages, fut ravi de ce qu’il voyait, qu’il composa sa belle poésie intitulée : « Le Vallon ». Cela ne m’étonne pas. Assurément, ma vallée, avec tous ses charmes, était bien digne d’inspirer le grand poète.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.