L’Enfant et les reptiles
Il est dans l’ordre des choses qu’un petit-fils de garde champêtre soit passionné par la nature et par la faune. C’est pourquoi, très jeune, Jocelyn Quillon suivra les traces de son grand-père Auguste, qui avait veillé sur la propriété communale et privée du village de 1930 à 1950,.
Dans sa toute tendre enfance, Jocelyn s’éclipsait régulièrement de la maison familiale logée contre les flancs du château pour aller y découvrir un environnement favorable à une flore et à une faune riche et variées. C’est au cours de ses longs périples, qu’il découvrit toutes sortes d’animaux. Or, bien vite, les adultes lui enseignèrent que les serpents étaient de « sales bêtes » qu’il fallait détruire à la moindre occasion… Dans sa logique d’enfant vierge de tout a priori, ceci l’intrigua beaucoup et l’incita à vouloir mieux connaître ces « mal aimés », bannis par la tradition et une peur ancestrale. N’expose t’on pas encore de nos jours sur une haie ou contre un talus les dépouilles des reptiles que l’on vient de tuer ?
La championne était de Virieu…
A l’âge de neuf ans, le 31 mai 1970, il prend à Virieu une couleuvre vipérine adulte qu’il élève pendant 17 ans et demi. Elle meurt de vieillesse âgée de plus de 23 ans ! Mais, fait extraordinaire, cette couleuvre vipérine pondit deux fois en 1976 des œufs fécondés alors qu’elle n’avait jamais été mise en présence d’un mâle en captivité. Ces œufs donnèrent naissance à 5 jeunes le 26 août et 8 jeunes le 28 octobre 1976, dont des jumelles ! On sait que les reptiles (lézards, serpents, tortues) peuvent stocker des spermatozoïdes vivants dans les voies génitales de la femelle pendant plusieurs années. On connaît le cas d’une couleuvre américaine (Leptodeira annulata) qui pondit des œufs fécondés 6 ans après un accouplement. Cependant, cette couleuvre vipérine fait encore mieux : 6 ans également, mais ses deux pontes dans la même année constituent un événement encore plus exceptionnel Des publications à ce sujet ont d’ailleurs été faites dans des bulletins spécialisés en herpétologie.
Quelques vérités sur les serpents
Les serpents ne peuvent pas téter les vaches car leur bouche ne permet pas la succion et, de plus, ils ne s’alimentent que de petits animaux. Le lait n’est donc ni un aliment ni une gourmandise pour serpents.
Comme les serpents n’ont pas de paupières, ils ne ferment jamais les yeux. Ce regard fixe a laissé croire qu’ils pouvaient hypnotiser…Cela leur est impossible.
Les vipères aspic rouges ne sont ni plus agressives ni plus venimeuses que les vipères aspic brunes ou noires. A noter que, dans notre inconscient, le rouge est synonyme de danger.
Les lâchers de vipères par hélicoptère, inventés par des gens en mal de sensationnel, n’ont jamais existé.
Les serpents ne sont ni froids, ni visqueux. Ce sont des poïkilothermes, c’est-à-dire qu’ils sont à température variable, contrairement aux mammifères qui sont des homéothermes.
En France, on recense un décès par morsure de vipère par an. Dans le même temps, les guêpes et les frelons font une trentaine de victimes, l’automobile 8000, le tabac 65000…
Les reptiles, espèces protégées
Avec la loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature, le décret du 25 novembre 1977, les arrêtés du 24 avril 1979 et du 6 mai 1980, les reptiles de France sont désormais protégés :
« Interdiction sur tout le territoire national et en tout temps, de détruire ou d’enlever les œufs ou les nids, de détruire, de mutiler, de capturer ou d’enlever, de naturaliser, et, qu’ils soient vivants ou morts, de transporter, de colporter, d’utiliser, de commercialiser toutes les espèces de reptiles ».
Toutefois, il existe une disposition particulière pour deux espèces de vipères sur les quatre vivants en France : l’aspic et la péliade. Seule leur destruction est autorisée, mais elles doivent être laissées sur place. A noter que la péliade n’habite pas le département de l’Isère.
Le bon sens et le respect de la nature devraient cependant nous éviter de détruire ces deux espèces utiles à l’équilibre biologique, quand elles ne présentent pas un risque pour l’homme.
Les batraciens dans la vallée de la Bourbe
Aujourd’hui devenus très rares, les batraciens étaient bien présents il y a une trentaine d’années. Très vulnérables, ce sont des espèces menacées par la pollution des eaux et l’assèchement des zones humides.
– Le sonneur à ventre jaune, petit crapaud inoffensif, vit toujours en milieu aquatique. Très présent dans la carrière de M. Poulet, il a aujourd’hui disparu. L’on ne peut plus en observer à Virieu ces dernières années.
– Le crapaud commun habite les lieux humides. Inoffensif, c’est un insectivore utile devenu rare. Il vit de 10 à 15 ans, le record connu étant de 36 ans.
– La grenouille verte. Bien que toujours présente, elle est devenue rare.
– La salamandre noire et jaune, très discrète, est difficile à observer.
Une aventure passionnante
Toutes ses expériences avec les animaux dans la nature l’amenèrent à poursuivre des études sur les reptiles, à réaliser photos et films animaliers ainsi qu’à donner des conférences pendant 25 ans, en Savoie et Haute-Savoie. Jocelyn est un herpétologiste de renom, dont les écrits et exposés font référence en la matière.
Jocelyn a travaillé une grande partie de sa vie pour lutter contre des croyances insensées et a fait sienne la phrase du Docteur Albert Schweitzer : « C’est la sympathie de l’homme pour toute créature qui, avant tout, fait de lui un homme. »
Ayant quitté Virieu, il vit désormais en Savoie, mais régulièrement nous pouvons le voir accompagné de son fils arpenter les collines et les marais de la vallée de la Bourbre.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.