Les frères Papazian
Les trois frères Papazian
Descendus du train à Voiron, les trois frères Papazian, Jean 12 ans, Gérard 11 ans et Daniel 8 ans arrivent en car à Virieu au mois de mars 1944, en compagnie d’autres enfants de Cannes. Les vingt enfants sans destination déjà̀ établie sont réunis dans la salle du conseil municipal, intimidés. Ainsi Gérard se souvient de son arrivée : Les habitants de Virieu qui avaient exprimé́ le souhait d’accueillir des enfants réfugiés viennent ; certains veulent une fille, d’autres un garçon ; ils font leur choix. Vient notre tour : Jean ira chez le boulanger Rivat, Daniel chez le notaire Maître Pinaud, et moi chez le marchand de chaussures Couturier.
Installés dans leurs familles respectives, ils ne sont pas à l’abri de changements liés aux circonstances. Ainsi Gérard doit quitter les Couturier, trop fatigués, pour être placé chez Louis Annequin. Il va alors à l’école publique de Virieu, dans la classe de l’instituteur Michel Gueyraud, résistant de la première heure. Puis, il déménage chez les Poncet, au hameau de Layat, au-dessus du village, où, quand il n’est pas à l’école, il garde les vaches. D’ailleurs, à la demande de sa famille d’accueil, catholique, il doit changer doit d’école et se retrouve à l’école privée (on disait école libre). Jean, placé chez les Rivat, boulangers du village, sans enfant, a la chance de ne jamais manquer de rien et est choyé́ comme le fils de la famille. Quant à Daniel, installé chez Maître Pinaud, notaire, il finit son séjour à Virieu dans une autre famille, les Michallet à Planchartier. Les meilleurs élèves de l’école libre étant conviés à faire office de sacristain et d’enfants de chœur à l’église, les trois frères Papazian se retrouvent à officier aux cérémonies de mariages, baptêmes, messes et enterrements. Gérard, se souvient aussi d’avoir vu, à la fin de la guerre en novembre 1945, arriver la procession de Notre-Dame de Boulogne, depuis La Tour-du-Pin, la statue portée par les hommes qui se relayaient.
Dès la guerre finie sur le sol français, leur père rend visite à ses trois garçons restés à Virieu. C’est en vélo, qu’il vient depuis Cannes ! Logé à l’hôtel Pascal, il y aurait pris son premier « vrai repas » depuis très longtemps. Après l’avoir fini, il aurait demandé à la serveuse : « la même chose s’il vous plait ! » et il reprendra un nouveau repas.
Ce n’est qu’en 1947 que les trois frères rejoignent le Midi. Depuis, Ils reviennent régulièrement à Virieu, avec émotions, ils essayent de retrouver des Viriaquois qu’il ont connus, beaucoup ont maintenant disparu. Ils ne les oublient pas car, comme Gérard le dit avec une grande reconnaissance « Ils nous ont enlevé la faim, et ça, nous ne l’oublierons jamais ».
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.