L'Orgue
Orgue, au bonheur des mélomanes
Le Grand Orgue de l’église Saint-Pierre et Saint-Paul de Virieu a été construit en 1855 par le facteur grenoblois Frédéric Mayer, pour l’Ecole professionnelle Vaucanson de Grenoble. Le curé de Virieu, Emile Perra, l’achètera avec ses fonds propres en 1884 à la vile de Grenoble.
A la fin du XIXème siècle, avant l’ère de l’électricité, les orgues fonctionnaient comme les forges : l’air était propulsé à l’aide de soufflets de grande taille. Ceux-ci étaient actionnés par des aides qui pédalaient sur un système semblable à celui des harmoniums. Avant les années 1930, Louis et Joseph Annequin étaient « pédaleurs » des soufflets de l’orgue de Virieu : à cause de leur taille plutôt modeste, ils avaient été choisis pour passer sous le siège de l’organiste dans une trappe étroite afin d’accéder au pédalier des soufflets ! Après quoi, l’organiste réinstallait son banc au-dessus de la tête de ses aides et pouvait commencer à jouer. Depuis 1930 ou 1935, l’orgue ne s’était plus fait entendre. Comment ses tuyaux échappèrent-ils aux réquisitions des années de guerre, aux rudesses de certains hivers comme celui de 1942 ? Il est vrai que son état était des plus pitoyable. René Bruttillot, alors maire de Virieu, entreprit de le sauvegarder en le faisant inscrire comme monument historique, démarche qui aboutira en 1978.
Un jour, une habitante de Virieu, troublée par l’état de cet instrument, démarchant pour une maison d’édition auprès des particuliers, avait par hasard rendu visite au directeur d’une banque de la Tour-du-Pin. On la fit entrer dans un salon où trônait un magnifique orgue d’appartement. Alors la visiteuse parla de l’orgue de Virieu à Géraud Guillemot se montra intéressé, demanda à voir l’instrument. Il se mit à remuer ciel et terre : démarches auprès de la mairie, des Monuments Historiques, consultations auprès des facteurs d’orgues, etc. C’est au cours de ces travaux préliminaires que Géraud Guillemot fit des observations étranges : tout d’abord, il apparaissait que sur les 26 jeux que devait comporter surement l’instrument d’origine (puisqu’ils étaient là), seulement 6 avaient été installés ! Première surprise. Seconde surprise : le buffet qui se trouvait « en montre », devait être à l’origine un buffet « de dos », et, de plus, n’était pas fait de la même main ! Les sculptures ne provenaient pas du même instrument ! Enfin, troisième surprise, le pédalier très particulier, « à la française », n’était pas de la même époque que les autres parties. A Virieu, il y avait donc trois orgues à la tribune ! Et on ne le savait pas.
Une réunion extraordinaire eut lieu à la mairie de Virieu sous la présidence du maire Henri Jayet. Des membres du conseil municipal y assistaient : madame de Virieu, René Brutillot, le chanoine Bin, chargé de la liturgie pour le diocèse et représentant l’évêché, le père Bernard Russel, curé de la paroisse et les membres de l’Union inter-paroissiale. Géraud Guillemot exposa en entier le dossier et les démarches qu’il avait faites. A partir de ce moment, une décision est prise : l’orgue sera restauré, et l’Association de Sauvegarde de l’orgue assurera le suivi des travaux. Grâce à un don de la marquise de Virieu et à des subventions des Monuments Historiques et du conseil général, il fut possible de confier à Dominique Promonet et à Patrick Steinman, facteurs d’orgues à Rives, et à René Micolle de Bron pour l’harmonisation, la réhabilitation de l’instrument.
L’orgue est sauvé et le 30 septembre1989, Mgr Montdésert, évêque auxiliaire de Grenoble, au cours d’une cérémonie émouvante dont le protocole fut tiré de très vieilles archives, remettait en usage, la traditionnelle bénédiction, confirmant l’instrument dans sa vocation primordiale : « Eveille toi, orgue, instrument sacré : entonne la louange de Dieu, notre Créateur et notre Père. » Et à chaque invitation l’organiste Géraud Guillemot répondant par une courte improvisation. Depuis, l’orgue offre un ensemble rare de 1 500 tuyaux, certains en bois atteignant cinq mètres, d’autres quelques centimètres seulement, répartis-en 26 jeux dont 7 au pédalier « à la française » précieusement conservé. La poésie, la plénitude de ses timbres en font un instrument exceptionnel qu’apprécient les plus exigeants professionnels.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Source, René Oriard, Panissage