Lucien Rabatel
Une éternelle nostalgie
Dans les années 1900, Joseph et Lucien, les fils de Pierre Rabatel, sont scieurs de long à Virieu dans la scierie familiale. La vie de Lucien, sera profondément marquée par les évènements, qui ont bouleversé la France dans la première moitié du XIXème siècle.
Comme tous les jeunes gens du village, Lucien est appelé sous les drapeaux, pour effectuer son service militaire alors d’une durée de trois années. Dégagé des obligations militaires, il ne profite que peu de temps de son retour à la vie civile. Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France, c’est le début de la 1er Guerre mondiale ; Lucien est rappelé sous les drapeaux et envoyé au front, où il y est fait prisonnier. Interné au Stalag « camp pour soldats prisonnier de guerre » de Friedrichsield (Prusse Rhénane) en Allemagne, il y reste jusqu’au mois de janvier 1919, soit près de cinq années de captivité.
Deux décennies plus tard, le 1er septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne, suite à l’invasion de la Pologne par les armées nazies. Lucien est de nouveau mobilisé et repart au front dans l’est de la France, où il y est fait prisonnier et déporté au Stalag n° XA à Schleswig, dans le nord de l’Allemagne. Il n’en revient qu’à la fin du conflit et à la libération des camps en mai 1945.
Dans les années 1950, alors tout jeune enfant jouant insouciant sous la vieille halle, je ne pouvais imaginer que le vieil homme, qui semblait rêver sur le pas de sa porte, devait parfois penser avec amertume à ses treize années de jeunesse sacrifiée pour son pays… Je revois son visage, empreint d’une éternelle nostalgie et je comprends maintenant ses mouvements d’humeur, survenant parfois envers nos jeux bruyants de gamins, lui, qui, dans son malheur, n’aura pas trouver une fille à épouser lors de ses retours de captivité… et je repense à cette citation du romancier Pierre Loti « Dans l’existence, surviennent des heures, des détails, qui sembleraient n’avoir qu’une valeur de dernier ordre et qui se gravent minutieusement dans la mémoire, tandis que d’autres mille fois plus importants n’y laissent aucune trace. »