Maison FABRE
Charles Fabre, médecin à Virieu, participe en juin 1940 à la bataille de la Somme. Il est fait prisonnier au Quesnoy (Nord), avec ses compagnons après une résistance exemplaire, ce qui leurs vaudra, les honneurs de l’ennemi. Fait rarissime, ils sont capturés, mais gardent leurs armes (sans les munitions…). Huit mois plus tard, il sera libéré et rapatrié par train sanitaire et reprendra ses activités médicales à Virieu et dans les communes du canton. Rapidement il entrera en résistance au sein de l’Armée secrète et soignera des résistants blessés à son cabinet ou dans les environs.
Son fils, Benjamin, raconte : « Les souvenirs qui me reviennent concernent l’hébergement d’une famille juive au sein de notre maison familiale place la Halle à Virieu, j’avais quatorze à cette époque. Mes parents étaient en relation avec un certain Monsieur Perles, agent de change à Paris. C’est cet homme, d’origine juive, qui a fait venir sa famille, (Cousins et belle-famille, composée de plusieurs familles) à Montagnieu, le Passage, Saint-Ondras et Virieu. Monsieur Perles, avec sa femme et ses enfants s’était réfugié dans la commune voisine de Le Passage. Il avait dû abandonner son agence de courtier ou d’agence de change en région parisienne. Il devait avoir une certaine fortune, et il semblait étendre une certaine protection sur sa famille. Au début, la famille Weyll, qui devait posséder une entreprise métallurgique en région parisienne, entreprise confisquée par l’état français, résida à l’Hôtel Colomb, à Virieu.
Cette famille était composée d’un couple. Leur fille, Anne-Marie, était mariée et son époux était prisonnier dans un camp d’officiers prisonniers de guerre en Allemagne. Il reviendra après la fin de la guerre, (il semblerait que les Allemands ne « persécutaient » pas les soldats français juifs prisonniers). Anne-Marie avait été dû être baptisée dans le rite chrétien, pour « permettre » de la soustraire aux rafles allemandes.
A un moment, les propriétaires de l’Hôtel Colomb ne purent plus héberger la famille Strauss, les raisons m’en sont inconnues, mais je pense que ceci devait être dû à la présence dans la vallée de la Bourbre d’une famille de miliciens. C’est à partir de ce moment qu’ils furent hébergés en secret par mes parents dans la grande maison familiale, place de la Halle. Ils logèrent au premier étage, dans trois pièces, dont l’une avait été aménagée en cuisine. Ils étaient indépendants ; de temps en temps ma famille les invitait à manger pour les fêtes et les évènements familiaux. Je ne sais s’ils avaient conservé leurs noms ou utilisaient un nom d’emprunt, mais ils vaquaient dans le village pour faire leurs courses et autres obligations.
Une nuit, en milieu de l’année 1943, je pense, toute la famille a quitté en urgence la maison de mes parents, par une petite porte dérobée du jardin qui donne sur la rue de la « Petite Charrière ». Nous n’avons plus eu de nouvelle, la famille avait dû se réfugier dans la région Pyrénéenne. Il en fut de même pour les autres familles qui étaient à Le Passage et qui durent quitter tout aussi précipitamment et au même moment la région. Après la guerre, en 1945, nous avons reçu des nouvelles : la famille avait échappé aux allemands. Mes parents ont ensuite reçu leurs visites régulièrement.
Parallèlement, à Valencogne, était caché Monsieur et Madame Hedinger : il était pianiste et Directeur du conservatoire de musique de Grenoble. Il avait été exclu de ce poste, suite aux mesures anti-juives du gouvernement de Vichy. Durant cette période, il venait rendre visite à mes parents à Virieu. Comme il était pianiste, il me donnait des cours de piano et en profitait pour jouer du piano lui-même, car il n’avait évidemment pas un tel instrument à Valencogne ».
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.