Mémoires d'agriculture
L’assolement de Virieu en 1800
La connaissance de l’assolement des différents cantons de la France, seroit de la plus haute utilité pour l’amélioration de notre agriculture. Les Anglois on s’y vivement senti combien cette publicité étoit nécessaire, que le Départemental d’Agriculture c’est procuré l’état de l’assolement des divers comtés, qu’il a fait imprimer à la quantité de quatre-vingt mille exemplaires. Le zèle, le patriotisme des Anglois et si vrai, pour tout ce qui peut contribuer à la prospérité de leur isle, que cette édition a été sur-le-champ enlevée et qu’il a fallu réimprimer.
C’est pour fournir quelques matériaux un pareil ouvrage, que j’ai l’honneur de vous présenter l’assolement suivi actuellement à Virieu, département de l’Isère, tel qu’il m’a été adressé par un agronome zélé et plein de mérite, avec lequel j’ai une correspondance agricole très intéressante. « Virieu est à Myriamètre (deux lieues) de la Tour-Du-Pin, et à égale distance du Pont-de-Beauvoisin, dans un petit pays appelé Terres froides, très fertile en grain. Ce sont les blés de ces cantons qui font la belle farine de Bourgoin, qui jouit d’une grande réputation. Ce pays assez pauvre autrefois, et dont le seigle et le blé noir étoient la récolte principale, est riche aujourd’hui, et produit, comme je l’ai dit, du froment de première qualité. Il doit ce changement au trèfle plâtrés, la culture ne se faisoit qu’avec des bœufs, depuis qu’on a multiplié les trèfles, des chevaux ont pris leur place. Il n’est pas de fermiers qui, ainsi que dans que dans la ci-devant Normandie, ne vendent tous les ans trois ou quatre élèves. On connoît l’usage des prairies artificielles qu’il seroit facile de perfectionner ; je crois que la culture seroit encore susceptible d’une grande perfection ; je vois du seigle dans de bonnes terres, on n’alterne que le moyen du trèfle.
Voici à peu près l’assolement, au cours de moisson du pays : Orge fumé, semé avant l’hiver ; on y sème dessus du trèfle au printemps. Le printemps suivant l’on plâtre le trèfle ; l’automne on enlève la troisième pousse du trèfle pour y semer du froment ; seconde récolte de froment, après quoi, récolte de seigle ; le seigle coupé, on sème de suite du blé noir. On recommence par l’orge ; on ne cultive pas le maïs : on ne fait qu’une petite quantité de pommes de terre, quelque fois après la récolte du seigle, on sème des raves au lieu du blé noir. On remplace encore le seigle par des lentilles semées avant l’hiver ; je n’ai point vue de luzerne. On jette quelques grains de sainfoin dans les prairies naturelles ; en tout, le pays est bon, les cultivateurs sont laborieux est disposés à suivre les bons exemples que pourroit leur donner un cultivateur intelligent.
Ce cours de moisson dans lequel le trèfle revient de cinq en cinq ans, qui ; pendant ce temps, produit cinq récoltes de grains et deux d’herbes, reçoit trois amendements dans l’espace de deux ans. Le premier, d’engrais animal, le second, d’engrais minéral, le plâtre ; le troisième d’engrais végétal, la troisième herbe du trèfle enfouie. Je crois devoir observer à la Société, que si les cultivateurs de Virieu vont rejeter la culture avec des bœufs pour faire usage des chevaux, ce ne sera pas un motif pour elle d’improuver l’emploi de cet utile animal. Si malheureusement il est vrai que généralement les laboureurs, qui font usage des bœufs, sont plus ineptes que ceux qui se servent des chevaux, d’où il résulte qu’ils ne retirent pas tout l’avantage qu’il pourroient de leurs bœufs. Ce qui donne alors quelquefois de l’avantage à l’emploi des chevaux, cet avantage ne tenant qu’à l’ignorance des laboureurs. Il est conforme à nos désirs de leur faire connoître des charrues perfectionnées à l’aide desquelles deux bœufs font un labourage égal à celui qu’on obtient actuellement avec quatre ou six bœufs.
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Sources : Société Royale d’Agriculture, 1800, Mémoire sur l’assolement de Virieu, Par le C. Chancey