Notre Dame de Milin

Un lieu mystique et mythique

C’est tout près du « vallon » immortalisé par le poète Lamartine que l’on peut découvrir une des plus anciennes chapelles du Dauphiné. Située sur un petit promontoire, au milieu des champs, faisant partie de la commune de Burcin, elle domine la vallée de la Bourbre, rivière prenant sa source à Burcin. Cette dernière a donné son nom à la vallée et au proche village de Virieu, qui est parfois dénommé Virieu-sur-Bourbre.

L’origine de la chapelle

Nul ne sait exactement à quelle époque remonte la création de ce lieu de recueillement. La lecture d’un procès opposant en 1111 les curés des paroisses voisines, Oyeu et Burcin, se disputant la possession de la chapelle, cite ce lieu comme un centre important de pèlerinage.

Son origine non plus n’est connue : certains disent qu‘elle aurait été, comme d’autres chapelles, construite par un seigneur au retour de croisade. D’autres y voient l’œuvre des habitants des villages de la région. Ou, comme le dit la tradition, elle serait due à trois chevaliers français, croisés revenant de Terre Sainte. Ceux-ci furent assaillis sur mer par une très violente tempête. Sur le point de périr, ils promirent s’ils échappaient au naufrage de faire élever un sanctuaire à Marie : la Milin serait le résultat de leur vœu. Une autre tradition orale rapporte que trois sœurs, riches et pieuses, firent construire chacune un sanctuaire en l’honneur de la vierge : le premier à Myans, à coté de Chambéry, le second à Milin, et le troisième à Curtin.

L’origine de son nom

Dans un temps très reculé l’année, commençait le 25 mars, alors que la fête de la nativité de la vierge tombait le 8 septembre, soit exactement au milieu de l’année, (à la mi-an, prononcée Mi-ain dans cette partie du Dauphiné… puis Milin). La même explication se retrouve aussi à Notre-Dame de Myans, dont la fête est célébrée également le 8 septembre.

Lieu de pèlerinage

Un document de 1482 cite que, le jour de la dédicace de l’oratoire, de nombreux pèlerins venaient de toutes les contrées voisines et même plus éloignées. Dans les années 1880, le sanctuaire était toujours un lieu très vénéré. Le jour de la fête, les chemins conduisant à ce pieux monument étaient parcourus de pèlerins en nombre allant prier la Vierge Marie. Huit mille personnes au moins s’y rendaient alors chaque année. D’ailleurs depuis ces années, le pèlerinage n’a point subi d’intermittence, spécialement durant les heures sombres de notre histoire. Les « poilus » de 14 / 18 et leurs familles venaient s’y recueillirent et demander protection à la vierge. Au lendemain de l’armistice de juin 1940, le 8 septembre fut une journée de profond recueillement pour les habitants de la région encore sous le choc de la défaite de la France. La petite chapelle renferme de nombreux ex-voto témoignant de la ferveur de ses fidèles.

La foire de la Milin

Aux pèlerins, se joignaient des marchands et revendeurs ambulants, étalant des marchandises et des vivres sur des bancs ou sous des tentes de toile tout autour de la chapelle. Des grains et des animaux y étaient vendus, faisant de cette foire une manifestation importante. Avant la Révolution, le champ de foire était situé autour de la chapelle. Cette dernière ayant été fermée et vendue en 1790, la municipalité de Châbons, de qui dépendait alors Burcin, obtint que cette foire se tienne désormais sur sa commune. Suite à ce transfert en 1795, la chapelle fut oubliée et personne ne s’y rendit plus. C’est au début du XIX siècle que les pèlerins commencèrent à retourner à la chapelle de la Milin et la foire se rétablit auprès d’elle. L’artiste peintre hollandais Jongkind ne manquait pas de se rendre à ce pèlerinage les mois de septembre de 1873 à 1878, où il réalisa quelques aquarelles.

Les marchands du temple

Aux vendeurs de souvenirs, d’images pieuses, de médailles et de denrées diverses se joignaient de nombreux débits de boissons. Aussi les jeunes gens de la plupart des villages environnants prirent-ils la mauvaise habitude de se rendre à la foire, en force et armés de gourdins. La chaleur de septembre et le vin aidant, de véritables batailles rangées s’engagèrent alors entre les villages. Ceci se terminait par des blessés et même parfois par des morts. L’usage de ces luttes barbares, cite l’abbé Lagier curé de Blandin, existait depuis de longues années dans la région, et avait été ravivé par les rivalités survenues lors du découpage territorial des communes et l’attribution des chefs-lieux de canton au lendemain de la révolution. Il fallait parfois faire appel à la force publique pour calmer les protagonistes. Comme en 1848, où le sous-préfet de la Tour du Pin fit dépêcher sur place, à toutes fins utiles, un bataillon entier du 16ème de ligne et la garde nationale composant les sapeurs pompiers de Virieu et de la Tour du Pin.

La lecture d’une correspondance du sous-préfet de la Tour-du-Pin au maire de Virieu en date du 7 octobre 1848 est révélatrice : « Citoyen maire, un certain nombre d’hommes de la garde nationale de la Tour du Pin, pris dans la compagnie des sapeurs pompiers, se rendra, en même temps que la troupe de ligne à la foire de la Milin, pour prévenir et réprimer toute tentative de troubles. Je vous invite et au besoin vous requière de convoquer le plus grand nombre possible de pompiers de votre commune pour s’adjoindre aux gardes nationaux pompiers de la Tour du Pin, et se rendre avec eux à la foire de la Milin, où ils seront accompagnés par tout le bataillon du 16ème de ligne en cantonnement à la Tour du Pin. C’est une mesure d’ordre à laquelle s’empresseront de concourir vos concitoyens, comme ceux de la ville de la Tour du Pin. Les sapeurs pompiers de la Tour du Pin, arriveront à Virieu le 9 dès le matin, je pense à 6 heures en même temps que le bataillon du 16ème de ligne. Je ne doute point qu’à cette heure les sapeurs pompiers de Virieu, ne soient près pour marcher immédiatement avec eux. Salut et fraternité, le sous préfet de la Tour du Pin ».

La Milin aujourd’hui

De nos jours, la chapelle entourée de cultures, bien que fermée, attire tout au long de l’année les promeneurs. Mais, chaque 8 septembre, elle retrouve son animation et sa fonction originelle. Certes les grandes processions de fidèles, jadis semblables par leurs ampleurs à celle de la Notre Dame de la Salette, n’existent plus. Les cars et les voitures particulières transformées jadis en taxi, ne déversent plus leurs flots de pèlerins. Les tracteurs avec leur char équipé pour l’occasion de bancs en bois, sur lesquels les membres de la famille et les voisins prenaient place, ne convergent plus vers ce lieu de recueillement. Mais la foi des fidèles s’y s’exprime toujours avec autant de ferveur.

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.