Rien ne va plus, et pourtant !

« … L’agriculture traverse en ce moment une crise que personne de nous ignore parce que tous nous en ressentons le contre-coup Tandis que le prix de toutes choses augmente pour le consommateur, et que la vie à bon marché, s’éloigne de plus en plus de nous, la valeur des produits de la terre va en s’avilissant au détriment du producteur.

Il faut à tout prix que l’industrie et l’agriculture soient protégées contre les concurrences étrangères qu’elles ne sont pas en état de supporter Avec des droits pour ainsi-dire nuls à nos frontières, et des droits protecteurs aux frontières des autres états, nos exportations devraient diminuer et les importations des produits étrangers en France devraient augmenter 

Mais que disent les théoriciens si nos cultures habituelles ne sont pas profitables, faites autre chose… Améliorez votre outillage, imitez ceux dont la concurrence vous effraye… Je n’ai pas besoin de vous dire ce que vaut ce conseil. Faire, autre, chose, c’est facile à dire du fond d’un cabinet d’étude, loin des réalités agricoles… 

On veut que nous changions notre outillage…, que nous imitions nos concurrents d’Angleterre, d’Amérique ! Mais on oublie que pour cela, il faut des capitaux : que nos terres sont grevées d’impôts énormes inconnus de nos rivaux. Mais on oublie, nos lois de succession qui, à chaque décès, disloquent les héritages, morcellent les champs et dispersent les familles.

L’alimentation et l’entretien des familles, à la campagne comme à la ville sont de jour en jour plus onéreux. Excepté chez les privilégiés qu’enrichissent les spéculations financières et les jeux de Bourse, le gène est partout… »

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« … Le monde agricole à été marqué pour plusieurs siècles par la féodalité, très forte en France au contraire de ce qui a pu se passer dans beaucoup de pays étrangers. Dans ce monde très hiérarchisé, le manant n’était guère considéré. Tout le monde l’ignorait, sauf bien entendu les agents du fisc. C’est sans aménité que le paysan accueille les hommes politiques qui lui parlent un autre langage que le sien ou les conseillers aux mains blanches qui veulent lui démontrer combien il vivrait mieux s’il acceptait de bouleverser ses méthodes de travail.

La politique pratiquée par la France au cours des huit dernières années n’est pas précisément faite pour préparer l’agriculture française à la concurrence de pays qui, eux, ayant achevé leur révolution démographique depuis longtemps, emploient actuellement toutes leurs ressources disponibles à moderniser leur équipement.

Pour tenter de prévoir ce que pourrait être l’agriculture de demain en France, il faut prendre le problème d’un peu plus haut en regardant surtout ce qui se passe dans des pays comme les Etats-Unis, la Suède ou les Pays-Bas. Longtemps opposée à la civilisation urbaine et industrielle, la civilisation agricole est tout bonnement en train de se fondre avec elle. Aujourd’hui, pour être un paysan moderne il faut surtout avoir des capitaux… »

Tout ceci est fort à propos, et pourtant…une précision, le premier texte a été écrit en 1880 par le Marquis Alphonse de Virieu et le second l’a été en 1967 par le Marquis François-Henri de Virieu

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Sources :

« Les souffrances de l’Agriculture », par le Marquis Alphonse de Virieu Président de la Société d’Agriculture de la Tour du pin – 1880 –

 

« Bilan de la 5ème République, la fin d’une agriculture » par le Marquis François-Henri de Virieu – Editions Calmann-Lévy – 1967.