Stéphanie de Virieu

« Le dessin n’était pas un simple goût chez moi. C’était une passion dominante, unique, absorbante, et elle m’a duré avec intensité au-delà de bien d’autres passions »
Stéphanie de Virieu

Stéphanie de Virieu ; artiste de son temps

Stéphanie de Virieu, est née le 14 juillet 1785, à Saint-Mandé (Val de Marne). La Révolution est proche et les drames vont escorter son enfance ; son père François-Henri de Virieu est tué au siège de Lyon en 1793. Le château familial de Pupetières (situé sur la commune de Châbons – Isère) – est dévasté et en partie brûlé et la famille erre de refuge en refuge. C’est vers 1803, que la famille achètera le « château de Lemps » dans le centre du village du Grand-Lemps, la demeure de Pupetières étant inhabitable suite aux saccages commis par les révolutionnaires. 

A treize ans, elle travaille le dessin dans l’atelier de Lavoipierre, un élève de David : quelques années plus tard, elle poursuivra ses études avec un autre de ses élèves, Grégorius Un jour qu’elle n’avait ni papier, ni crayon, étant trop pauvre pour en acheter, elle esquissa, avec un morceau de charbon, de vastes scènes sur les murs de la cuisine où elle préparait le modeste repas des siens. Le peintre Gérard, arrivant en visite, vit ces fresques et s’écria : « Ah ! Que n’ai-je le don de composer comme elle ! ». Le peintre David, qu’elle aura plus tard pour maître, dira « Si elle fût demeurée pauvre, elle serait devenue célèbre ! ». Elle fut portraitiste pour sa famille, ses amis, Joseph de Maistre, Lamartine – on la reconnaît aussi dans la parabole de l’Enfant Prodigue, un tableau visible de nos jours, dans l’église du Grand-Lemps. Son chevalet étant toujours installé dans un coin du salon, il lui arrivait de « croquer » ses amis tout en entretenant la conversation, Stéphanie y avait aussi un établi de menuiserie où elle a réalisé nombre de statues, de meubles et de décorations d’église « afin que les âmes s’imprègnent de beau. ». A Pupetières, pour ses neveux, elle sculptera (à l’age de 78 ans) le bandeau en pierre, de la cheminée du salon. Sa dernière œuvre – peu de temps avant de mourir, est en Gascogne dans l’église de Poudénas ; c’est un chemin de croix sculpté dans la pierre dont un moulage se trouve dans la chapelle du château de Virieu.

Ses œuvres – trois milles recensées – sont tellement liées à l’actualité de son époque qu’elles en constituent une sorte de reportage et ont pris valeur de documents historiques. Les sujets sont divers ; ce sont des paysages, des monuments, souvenirs de ses multiples voyages. Ses dessins pris sur le vif ont fixé des personnages de la vie quotidienne…ou les soldats autrichiens occupant le Dauphiné en 1814.

L’éducation des femmes

Elle se penchera également sur le rôle de la femme « dont le devoir est d’étudier et de s’instruire ». Idées en avance sur l’époque et dont elle avait discuté avec Monseigneur Dupanloup. Il les reprendra plus tard dans ses « traités sur l’éducation ». Sur la fin de sa vie, Stéphanie se retirera dans la demeure de sa famille maternelle à Poudenas, c’est là qu’elle meurt le 9 mai 1873 à l’âge de 88 ans.

En 1990, l’école privée du village de Virieu, fut nommée du nom de Stéphanie de Virieu. Le bâtiment avait été construit par Wilfrid de Virieu une centaine d‘années auparavant. Coïncidence, la rue où est située le bâtiment avait été baptisée en 1988 « Rue du Vallon Lamartine ». Le poète Lamartine avait maintes fois traversé le bourg de Virieu pour rendre visite à Aymon, le frère de Stéphanie, son ami d’école au collège de Belley (Ain).

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Sources : René Oriard, Études sur Stéphanie de Virieu, Anne Leflaive, Stéphanie de Virieu,