Un curé de conviction
Un curé de conviction
Le 26 décembre 1790, Joseph-Etienne Mermet, curé de la paroisse de Virieu, doit prêter serment de fidélité à l’Assemblée Nationale Constituante issue de la Révolution de 1789.
En avril 1791, le bruit se répand qu’il refusa de lire, à l’issue de la messe dominicale, le texte de loi promulguant la constitution civile du clergé. En vain, le maire se rend chez Mermet pour tenter de le raisonner. C’est le secrétaire de la commune qui fera la lecture de la loi, assisté par un piquet de douze hommes armés de la Garde nationale. La municipalité embarrassée, soucieuse d’arrêter la propagation « d’une doctrine dangereuse et inconstitutionnelle », mais désirant user d’indulgence, dépêche des émissaires pour engager le citoyen-curé à se rétracter de ses expressions injurieuses qu’il a tenues à ses paroissiens, tant à son prône qu’à l’issue de la messe. La démarche reste sans succès. Le fossé continue de se creuser, notamment quand le curé fait obstacle à la nomination d’un nouveau vicaire, arguant qu’aucun ne pouvait lui convenir. Finalement, le 13 juillet 1792, il préfère se retirer dans sa famille à Bizonnes, laissant au maire cette lettre :
« Monsieur, puisque je ne puis plus demeurer au milieu de mes chers paroissiens, je me suis décidé à me retirer au sein de ma famille ; en conséquence, j’ai chargé mon frère établi à Virieu de vous remette les clefs de la cure et de la sacristie où vous trouverez tous les vases sacrés, ornements, linges, livres et autres choses appartenant à la paroisse …
Mes derniers sentiments en m’éloignant de mon poste sont de n’avoir et de n’avoir jamais eu aucune haine contre personne, je vous prie d’être persuadé que j’aurai toujours au fond de mon cœur tous les habitants de Virieu. Je vous prie aussi, Monsieur, de faire enregistrer la présente tout en long, preuve de mes sentiments et de ma rémission de tout ce qui était à ma charge, et de me croire pour la vie. Votre très humble et dévoué serviteur, Mermet, curé de Virieu »
Le dimanche 5 août 1792, devant le maire et les officiers municipaux, réunis au sein du presbytère, Pierre-Jacques Pelotier, nouveau curé de Virieu, prête le serment conformément à la loi : « Je jure d’être fidèle à la nation, de maintenir la liberté, l‘égalité, ou de mourir en la défendant ». Ce curé constitutionnel, comme son successeur, ne sera pas accepté par les paroissiens.
Les temps changent : en juillet 1803, le préfet de l’Isère donne consigne aux maires du département de prendre toutes dispositions afin de permettre le retour des curés dans les bâtiments et églises, dont ils avaient été chassés. Le 17 février 1804, un cortège de fidèles conduit par le conseil municipal en grande pompe va chercher Mermet à son domicile et le raccompagne à l’église, puis au presbytère dont il reprend possession. Et, finalement, le 17 septembre 1805, le préfet de l’Isère écrit au maire de Virieu :
« J’ai l’honneur de vous prévenir que par décret du 18 thermidor an dernier, Sa Majesté l’Empereur a accordé la levée de la surveillance à laquelle M. Joseph-Etienne Mermet était assujetti. Vous voudrez bien faire consigner cette décision sur les registres de votre mairie et vous y conformer. »
©Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.