Un garagiste sportif

Des chronomètres mais pas de radar.

Depuis sa plus jeune enfance, Gérard Vittoz, fils d’un des deux garagistes du village se passionna, naturellement, pour le sport automobile. Il participa, avec des voitures de « monsieur tout le monde », légèrement modifiées) à divers rallyes automobiles dans la région Rhône-Alpes, mais ceci n’était que la partie émergée de son engouement pour la compétition automobile. Depuis longtemps il rêvait de faire concourir des voitures sur la route qui gravit les coteaux surplombés par le château de Virieu. Il en avait même imaginé le circuit et se voyait déjà, au volant d’un bolide acclamé par la foule des Viriaquois, son rêve devint réalité, le 21 juin 1987. Ce jour-là, 94 bolides étaient engagés dans ce qui allait être le début d’une formidable aventure alliant l’ensemble des bénévoles de la vallée et le sport automobile.

Mais pour en arriver à cet instant de pur bonheur pour les 2 500 spectateurs de cette première « course de côte automobile », il y aura fallu une préparation digne d’un grand prix automobile. Une année de réunions, entre les différents clubs et associations du village et de la vallée, entre les organisateurs conjoints : le Comité des Fêtes de Virieu, L’Ecurie Porte des Alpes de Bourgoin et l’Association Sportive Automobile Dauphinoise de Grenoble. Cette course régionale, consiste à parcourir dans le meilleur temps une portion de route, fermée à la circulation. Les départs se faisant individuellement et avec un décalage de temps entre chaque départ de véhicule. Le circuit de Virieu, très prisé par les pilotes en raison de certains virages en lacet très technique et de portions de lignes droites permettant de faire donner toute la puissance des moteurs, et ce à la grande joie des spectateurs. Longue de 1 500 mètres, présentant une dénivellation de 147 mètres (soit une pente de 10%), le record du meilleur temps est de 48 secondes 47 centièmes.

De 94 voitures engagées à la première édition, 150 pilotes attendaient avec impatience en 1998 la 11ème édition de la course de côte de Virieu. Les voitures, sont classées en « Groupes » en fonction de leur conception : Groupe N, voitures de production. Groupe A, voitures de tourisme. Groupe B, voitures de sport. Groupe C3, prototypes juniors. Groupe E et F, formules. Et à l’intérieur de chaque groupe, les voitures sont réparties par classes de cylindrées.

Le succès de la manifestation, dépassa le cadre du canton, les spectateurs vinrent du département et au-delà. Le nombre des spectateurs passa de 2 500 à 3 500, ce qui faisait oublier aux bénévoles la somme de travail exceptionnel que leur demandait ce grand moment du sport automobile. Il fallait en effet, monopoliser toutes les associations du village, pour préparer plusieurs mois à l’avance le circuit emprunté par les spectateurs, qui était taillé sur les terrains en pentes, débroussailler. Des marches d’escaliers étaient pratiquées dans les accès trop pentus, des centaines de mètres de palissades étaient tendu tout au long d’un tracé surplombant la route. La sécurité des spectateurs étant la préoccupation principale. Un travail de titan, auquel venaient s’ajouter quelques jours avant la manifestation l’installation d’un réseau de 2 000 mètres de câble de sonorisation, et autant de fil de téléphonie pour les commissaires de piste, autant pour le réseau de chronométrage électronique. La pose du contenu de trois chars de bottes de paille, le fléchage du village pour les parkings des visiteurs et des parkings destinés aux concurrents.

Le jour de la course d’importants moyens logistiques étaient mis en œuvre : trois dépanneuses servies par les garagistes de la vallée, deux fourgons pompiers servis par dix pompiers de Châbons, un fourgon de la croix rouge avec six secouristes, trois véhicules de gendarmerie avec quinze gendarmes et un médecin du village auquel venait s’ajouter le directeur de course et quinze commissaires répartis tout au long du circuit aux points sensibles. Cotés associatif, deux cents bénévoles environs se partageaient la tenue des billetteries, des buvettes où se consommait la contenance d’une semi-remorque de boissons, et la préparation de 200 repas pour les officiels.

Lorsque la fête était finie, que les pilotes quittaient le village emportant leur monstre à quatre roues, un silence bienfaiteur s’abattait sur les bénévoles, qui continuaient leurs actions tard dans la nuit, il fallait rendre la chaussée libre pour la circulation, enrouler, emballer, évacuer, nettoyer enfin une somme de travaux qui se terminaient toujours dans la bonne humeur. Et, c’est la tête ivre du bruit des moteurs raisonnant encore dans leurs oreilles et aussi de quelques bons verres bien envoyés que les habitants de la vallée se quittaient, en espérant que l’année suivante ils seraient tous là pour une prochaine édition de « leur course de côte ». Douze années de succès firent la renommée du village aussi bien dans le milieu automobile que parmi les spectateurs. La douzième édition sonna le glas de ce succès. Devant la somme de travail représentée pour l’organisation d’une telle manifestation, et la difficulté à monopoliser chaque année un aussi grand nombre de bénévoles, la manifestation fût arrêtée en 1999.

Mais c’était sans conter la sur passions des fanatiques de sport automobile, puisque l’année suivante, c’est cette fois sur la formule d’un « slalom automobiles », que renaitra les compétitions automobiles. Sur le même tracé, le circuit sera réduit de quelques centaines de mètres, et des bottes de paille seront placée sur le circuit même, pour réaliser les chicanes inhérentes à une telle compétition. Aussi, pour monter sur la plus haute marche du podium, il faut chaque année aux pilotes faire preuve de beaucoup d’adresse tout au long des 1 200 mètres de montée d’un circuit des plus technique. Les bolides, rugissent de plaisir, et font le spectacle, dans un duel haletant pour des spectateurs admiratifs dans ce slalom qui est fait de sensations fortes, vrombissements, crissements de pneus, dérapages, et autres chicanes … Cette manifestation est une course inscrite au calendrier du championnat de France, autant appréciée des pilotes que des spectateurs, tant la technicité du tracé enchante les mordus de ce sport automobile. Les organisateurs, l’ASA Dauphinoise et le Rallye Club de la Bourbre ainsi que les associations de la vallée ne sont pas peu fières de ce grand moment du sport automobile qu’ils organisent depuis plus de trente années.

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.