Un géant des pates

Un géant des pâtes alimentaires a ses origines à Virieu

Joseph Milliat, marchand de grains, de farine et de charbon à Virieu dans les années 1900, devait être loin de penser que son nom allait un jour être synonyme d’une des plus grandes entreprises alimentaires française. Bien qu’ayant changé d’appellation, la société d’origine fait actuellement partie du premier groupe industriel de production de pâtes en France.

Ce sont ses fils, Joseph et Louis, qui sont à l’origine de cette saga familiale initiée en 1929 à Lyon, sous le nom de société « Joseph Milliat ». Les deux frères y avaient concentré tous leurs outils de production : silos, moulins, semoulerie, fabrique de pâtes, fours à biscottes et les bureaux. Les produits étaient conditionnés dans des boites et emballages de couleur jaune et bleue, comportant un logo représentant une vasque remplie de graines, sur laquelle trois oiseaux picoraient. Plus tard, les boites seront illustrées d’un moulin à vent et la raison sociale deviendra les pâtes « Milliat Frères ». Joseph et Louis Milliat ont su utiliser la publicité,  appelée  alors « réclame », pour promouvoir leurs produits, ventant leurs pâtes aux œufs frais, qui ne « collent » jamais. !  Anticipant les problèmes de régimes alimentaires, ils proposaient aussi des biscottes, avec ou sans œufs, non maltées, sucrées ou non sucrées, avec ou sans sel. Comme le disait leurs publicités : «  Mangez les biscottes Milliat, parfaitement digestives et toujours extrêmement fraiches et de plus elles sont nourrissantes » 

En collectionnant les images et les « Bon Point Joseph Milliat » contenus dans les boites, les enfants pouvaient les coller sur des albums et participer à des concours ; comme celui de la  campagne publicitaire de 1936-1937, dotée de 50 000 prix d’une valeur totale de 1 million de francs. Les cadeaux offerts dans les années 1960, grâce au célèbres « Bon Point » Milliat Frères », étaient devenus nombreux et variés : protège-cahiers en matière plastique, cuillers à café, fourchettes inox, portefeuilles homme, boites de perles à enfiler, pochettes de timbres, jeux de 421, jeux de tir au pigeon, jeux d’échecs de voyage, stylos bille rétractables, boites de couleurs à l’eau, serviettes éponge, voitures modèle réduit….

Après la guerre de 1939-1945, l’entreprise Milliat Frères installe une usine à Nanterre, pour remplacer celle de Lyon, détruite en 1944 par les bombardements de l’aviation alliée. Dès le mois de décembre 1946, commence la construction d’un corps de bâtiment de trois étages et d’une tour de six étages, pour abriter les bureaux, le laboratoire, l’atelier de fabrication et le magasin industriel, sur une superficie de 2 473 m2. L’usine, qui entre en fonctionnement en 1948, produit non seulement des pâtes, mais aussi d’autres aliments, tels que des entremets, des flans, des potages. Sa situation en bordure de la Seine, lui permet d’être approvisionnée par péniche, notamment pour la semoule de blé dur.

Dans les années soixante, l’usine emploie près de cinq cents salariés, dont trois cents travaillent dans le secteur de la fabrication. La société Milliat frères, qui dispose de plusieurs autres usines à Lyon, Montauban, Thonon, Nancy, Vineuil et qui a racheté plusieurs entreprises, devient en 1970 le troisième producteur français de pâtes alimentaires.

L’usine de Nanterre passera sous le contrôle de Panzani, qui elle-même sera absorbée par le groupe laitier Gervais-Danone dans les années 1970. En 1973, le groupe BSN reprend l’ensemble. Rachetée par Paribas Affaires industrielles en 1997, Panzani a rejoint en 2005 Ebro Puleva, premier groupe agro-alimentaire espagnol. Actuellement, cette marque occupe la première place en France pour les pâtes alimentaires (75 000 t par an), les sauces et la semoule. Joseph Milliat, qui repose au cimetière de Virieu, n’aurait jamais pu imaginer de son vivant une telle réussite… Son confrère, Jean Panzani lui, repose dans le cimetière de Saint-Didier au Mont-d’or, près de Lyon.

 

©Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.