Un marquis saboteur

Un marquis saboteur

Au cours de l’année 1943, l’afflux des réfractaires au Service du Travail Obligatoire, et la constitution dans la zone alpine de groupe de résistants disséminés, faisait ressortir un urgent besoin de formation élémentaire de ces hommes non préparés au métier de la guerre. Bien que les autorités de Vichy et l’occupant allemand les qualifiaient de « terroristes », ceux-ci étaient des soldats à part entière luttant pour la libération de leur pays. Apprendre à combattre à ces civils, leurs inculquer les rudiments élémentaires d’organisation militaire et technique pour mener à bien leur mission, tel était le but que s’était donné Xavier de Virieu en réalisant, et en faisant imprimer et distribuer clandestinement un manuel « Instruction provisoire pour l’emploi des corps francs ».

L’ouvrage avait été écrit à la hâte, sans brouillon, car le débarquement allié était alors prévu pour l’automne 1943, et les feuillets adressés par livraisons successives à une imprimerie clandestine. Ces premiers feuillets traitaient de l’armement, des destructions, du renseignement, et de la manœuvre élémentaire. La technique du combat vint ensuite, très simple, elle se bornait aux trois aspects de la guerre des partisans : reconnaissance, coup de main et défense. Il ne s’agissait pas, de former des combattants accomplis, mais d’enseigner à des soldats improvisés quelques recettes d’efficacité dans des cas bien définis. Etaient ensuite traité l’attente et l’hiver en montagne.

L’impression confié à un imprimeur de Grenoble, René Prudhomme, à été mené à bien en deux mois. Aidé par deux ouvriers, qui ont travaillé dans une cave, à une époque où, l’étreinte de la Gestapo et de la Milice se resserrait durement. Le fascicule de 225 pages, tiré à 3 000 exemplaires fut distribué par les réseaux de résistance à l’ensemble des maquis de France à partir de février 1944. Pour détourner l’attention d’une personne non informée, le titre, la couleur et le libellé de la couverture reprenaient la couverture d’un fascicule militaire de 1939, ceci donnant l’apparence d’un ouvrage périmé imprimé en 1939. Ce qui donnera lieu à cette anecdote amusante : a propos de cet officier qui, après avoir lu avec attention le manuel, se rapporte à la couverture ; « Tout de même, dit-il à son interlocuteur, on est parfois injuste en reprochant à l’armée son manque d’imagination. Voilà un règlement de 1939, et bien les réfractaires et le maquis y sont prévus ! »

 

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.