Une catalepsie
Une catalepsie à Virieu
« Il existe en ce moment à Virieu une jeune fille âgée de 13 ans, d’une assez jolie figure, atteinte d’une catalepsie d’un genre tout-à-fait extraordinaire. Cette jeune personne, qui appartient à des agriculteurs, était somnambule à l’âge de huit ans, et à partir de cette époque, elle avait jour et nuit les yeux fermés, quelques fois les yeux bandés, et se rendait chez ses voisins, en parcourait les demeures et y découvrait les lieux les plus secrets, les objets les mieux cachés. Le 1er janvier 1834, elle tomba malade et fut forcer de s’aliter. Depuis ce moment, elle a été en proie à des crises terribles de catalepsies ; pendant lesquelles on s’est assuré qu’elle n’entendait rien, et répondait les yeux fermés à tous ceux qui l’interrogeaient lorsqu’il dirigeait la voix vers le bout de ses doigts. Quant la crise était passée, elle tombait dans un anéantissement tel, qu’on l’aurait cru morte, tant son insensibilité était complète.
Dans l’état de crise, un étranger, quel qu’il fut aurait obtenu de cette jeune fille des réponses claires, précise exactes sur toutes les questions qu’il aurait pu lui adresser. Si quelqu’un voulait savoir des nouvelles d’un ami ou d’un parent absent depuis longtemps du lieu de sa résidence, elle répondait positivement et sans embarras. Quelques personnes ont voulu lui faire des questions sur l’enfer, le paradis, sur des secrets, des vols ; d’autres l’ont interrogée sur la politique la jeune fille restée muette. Dans son état normal, elle lit parfaitement les caractères typographiés, mais elle ne connaît l’écriture. On a présenté dans l’état de crise des lettres manuscrites de tous genre : et, chose étonnante pour les spectateurs, elle en a fait parfaitement la lecture en suivant les lignes du bout des doigts.
Des ecclésiastiques et autres personnes instruites lui ont parlé latin, elle n’a point répondu dans la même langue, mais elle a prié de lui traduire ce qu’on lui disait, et lorsqu’on l’a trompait ce qui arrivait toujours, elle le disait jusqu’à ce que la traduction soit fidèle. On lui a plusieurs fois demandé la signification de quelques mots grecs, elle n’a jamais hésité d’y répondre. Les réponses de cette enfant sont quelque chose de si extraordinaire, qu’elle s’est fait une réputation qu’on a, comme on le pense bien, infiniment exagérée, au point, que de tous les environs les curieux accourent en foule, les uns pour la voir, les autres pour la consulter, et tous ce retirent étonnés des singuliers effets de cette affection morbide.
Beaucoup de médecins des arrondissements de Vienne et de la Tour-du-Pin, des Echelles et de Chambéry n’ont pas négligé cette rare occasion pour aller observer un cas si bizarre. Monsieur Pagès, sous-préfet de la Tour-du-Pin, a fait de nombreuses visites à la malade, dans l’intention, dit-on, de faire un rapport de la maladie et de le soumettre à un médecin de Paris. Depuis le 1er janvier dernier, les crises ont presque cessé ; celles qui ont encore lieu sont très rares et de courte durée. Cette jeune fille n’ayant pas quitté le lit depuis plus d’une année, a totalement perdu l’usage de ces jambes »
© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Sources : Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute Garonne Numéro 25 du dimanche 15 février 1835