Une sucrerie

Il existe des bâtiments qui ont eu plusieurs vies et, qui comme dans un ultime réflexe de survie, à l’heure de leur fin prochaine semblent refuser leur destin. C’est le cas d’une vieille bâtisse située rue de la gare à Virieu

Au début du 19ème siècle la canne à sucre était la principale source de production du sucre, jusqu’à un jour de novembre 1806 où, Napoléon annonça le blocus continental et interdit de ce fait l’entrée des ports du continent européen aux navires anglais. Le sucre de canne allait pratiquement disparaître des commerces. Face à la pénurie produite par cette situation, il fallut trouver une solution pour obtenir cette précieuse matière à partir d’une plante cultivée sur le sol français. En 1811, des scientifiques présentèrent à Napoléon du sucre issu de la betterave. L’Empereur décréta que 32 000 hectares de terres seraient aussitôt dédiés à la culture de la betterave et que seraient construites immédiatement des sucreries de raffinage. Plus tard, Napoléon exilé à Saint-Hélène, le blocus fut levé. Les producteurs de sucre de canne antillais firent alors pressions pour retrouver leur marché.  La promulgation de taxes élevées sur le sucre de betterave, en 1838, rendit le prix du sucre issu de la betterave trop chère. Ce fut le déclin et les fermetures de nombreuses sucreries dauphinoises. En ce qui concerne la sucrerie de Virieu, c’est en mars 1836 que sera crée une fabrique pour convertir la betterave en sucre dans la commune. L’usine sera construite, sur le terrain appelé « pré Bernard », rue de la gare à coté de la Bourbre. Le sucre produit sera un sucre brut destiné à être livré aux raffineries. La production de betteraves sucrières sera issue de la culture locale dans la vallée de la Bourbre.

En janvier 1844, le bâtiment désaffecté sera loué au département pour servir au casernement de la brigade de gendarmerie à cheval de Virieu, c’est le panneau « Gendarmerie départementale », qui sera apposé sur la porte d’entrée, qui sera remplacé plus tard par l’enseigne « Gendarmerie nationale » jusque dans les années 1970. Ensuite et, durant plusieurs années le bâtiment servira de salles de gymnastique pour une association, avant qu’un projet d’immeubles d’habitation à usages locatifs ne voie le jour. Projet avorté qui sonnera le glas du bâtiment et fera planer sa fin prochaine sous les pioches des démolisseurs. C’est dans le courant de l’année 2010 que s’élèvera en lieu et place un ensemble de trois bâtiments contigus d’appartements privatifs « La Résidence du parc ».

© Texte extrait de l’ouvrage « Nos maisons racontent » avec l’aimable autorisation de l’auteur.